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Balzac et La Comédie humaine 26 janvier 2010

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Vous ne vous figurez pas ce que c’est que la Comédie humaine ; c’est plus vaste, littérairement parlant, que la cathédrale de Bourges architecturalement.

(Lettre à Zulma Carraud, janvier 1845)

Balzac publie son premier roman sous son vrai nom en 1829 ; il s’agit des Chouans, le succès est mitigé. Puis il se fait connaître les années suivantes d’abord avec La Physiologie du mariage (toute fin 1829) et avec l’immense succès de La Peau de chagrin (1831). Lorsqu’il écrit ses premiers romans Balzac n’a pas encore l’idée de les rassembler sous un titre unificateur et de les classer de façon rigoureuse. Cette idée va se développer au fur et à mesure, d’abord en procédant à des ébauches préfigurant le classement à venir par exemple avec Le Livre mystique (1835) qui regroupe Les Proscrits, Louis Lambert et Séraphîta. Puis Balzac va avoir une idée géniale, il est probablement le premier à l’avoir, faire réapparaître des personnages dans différents romans. Ce ne sont pas des héros comme on en a l’habitude aujourd’hui, mais juste des personnages parfois principaux, les fois d’après secondaires, Parfois ils ne sont qu’évoqués dans un salon, mais ces différentes références permettent de les suivre dans ce petit monde qu’est La Comédie humaine. Balzac écrit 91 romans (son œuvre presque complète) dans lesquels il fait réapparaître plus de 500 personnages. Ce retour des personnages permet de relier les différents romans entre eux, d’en faire un seul et même grand roman comme le dit Victor Hugo en 1850 : Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir.  L’un des personnages les plus connus et les plus importants de cette œuvre gigantesque est bien entendu Rastignac ; c’est l’un de ceux qui réapparaît le plus aussi : une trentaine de fois, c’est le modèle de l’ambitieux pour Balzac, celui qui arrivera au sommet du pouvoir par tous les moyens (il finit en effet par devenir ministre à la fin des références l’évoquant). Rastignac apparaît pour la première fois dans un rôle secondaire dans La Peau de Chagrin, il est environ au milieu de sa vie ; il réapparaît quelques années plus tard dans Le Père Goriot (en 1835) avec le rôle principal cette fois-ci, mais il est aussi beaucoup plus jeune puisqu’étudiant d’une vingtaine d’années. C’est dans le courant des années 1840’ que Balzac va élaborer cette Comédie humaine dans le cadre d’une édition de luxe chez l’éditeur Furne. 17 volumes rassemblant ces 91 textes classés thématiquement en 3 grandes parties aux intitulés très scientifiques : les Etudes de mœurs (où on retrouve Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée, Eugénie Grandet…), les Etudes philosophiques (La Peau de chagrin, Louis Lambert…), les Etudes analytiques (La Physiologie du mariage). Parmi les quelques titres auxquels pensa Balzac, il y eu notamment ‘La diabolique comédie du sieur Balzac’. Mais finalement il se fixa sur Comédie humaine, qui ne peut qu’évoquer Dante (que par ailleurs Balzac cite régulièrement) et sa Divine comédie doublement renversée.

A voir aussi :

Le classement de l’édition Furne de La Comédie humaine

Balzac et les sciences (plutôt dures) et le mysticisme 18 janvier 2010

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Quel sentiment d’admiration ne s’élève-t-il pas dans l’âme du philosophe en découvrant qu’il n’y a peut-être qu’un seul principe dans le monde, comme il n’y a qu’un seul Dieu et que nos idées et nos affections sont soumises aux mêmes lois qui font mouvoir le soleil, éclore les fleurs et vivre l’univers.

Honoré de Balzac, Physiologie du Mariage.

Tenant de son père un intérêt pour les sciences et de sa mère un goût pour le mysticisme, Honoré de Balzac s’intéresse très jeune aux idées permettant d’expliquer le monde et l’humanité. Locataire à ses débuts d’une mansarde rue Lesdiguières à Paris, il fréquente régulièrement la bibliothèque de l’Arsenal et consulte des ouvrages philosophiques et scientifiques. Il s’offre des cours en biologie et a de longues conversations avec son ami médecin le Dr Nacquart à qui il dédie Le Lys dans la vallée.

(voir la suite)

Balzac et ses maladies et sa mort 18 janvier 2010

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En vérité, je crois que c’est le mariage qui l’a tué.

Alfred de Vigny, L. à la Vicomtesse du Plessis Au Maine-Giraud, 15 septembre 1850

Bien sûr, ce n’est pas le mariage qui a tué Balzac !

Balzac a souffert tout au long de sa vie de plusieurs maladies. Il était atteint régulièrement à différents endroits du corps : la tête, le cœur, l’estomac, troubles intestinaux, les poumons, les dents, les yeux, les jambes. Il meurt d’épuisement et d’une combinaison de ces maladies.

(voir la suite…)

Balzac et Stendhal 11 janvier 2010

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« Le côté faible de cette œuvre est le style, en tant qu’arrangement des mots. […] Sa phrase longue est mal construite, sa phrase courte est sans rondeur. […] Je souhaite que M. Beyle soit mis à même de retravailler, de polir La Chartreuse de Parme. »

Balzac, septembre 1840, dans la Revue parisienne

Fin mars 1839, Stendhal (1783 – 1842) envoie un exemplaire de La Chartreuse de Parme à Balzac en écrivant : Si vous le lisez, dites-m’en votre avis bien sincèrement. / Je réfléchirai à vos critiques avec respect. (l. à Balzac, mars 1839) Balzac s’empresse de lire le roman et répond quelques jours plus tard La chartreuse est un grand et beau roman. Je vous le dis sans flatterie (l. à Stendhal, avril 1839).  Puis en septembre 1840 paraît dans la Revue parisienne un (très) long article, un modèle de critique, concernant cette Chartreuse de Parme ; article qui fait « rougir » Stendhal tant les louanges sont nombreuses. Balzac envie notamment les descriptions de batailles (il prévoit de consacrer une grande partie de sa Comédie Humaine aux scènes de la vie militaire, mais sur la vingtaine de textes prévus il n’en écrit que 2 : Les Chouans et Une passion dans le désert). Des louanges beaucoup, mais Balzac n’hésite pas à faire des critiques aussi, à donner son avis sur ce qu’il y a à améliorer comme l’y invite Stendhal. S’il s’agit, avec cette critique, du fait de gloire de leur relation, il ne faut pas oublier que Balzac s’intéresse très tôt à cet écrivain qu’il commence à lire dans les années 1820’ ; que De l’amour de Stendhal  influencera Balzac pour sa Physiologie du mariage ; qu’ils vont se rencontrer plusieurs fois dans le courant des années 1830’ ; que Balzac met même en scène son confrère dans les Contes bruns et lui rend hommage La Muse du département.

A voir :

Balzac, écrits sur le roman, textes choisis et annotés par S. Vachon, Livre de poche

L’article de Balzac sur La Chartreuse de Parme

Balzac et Laure de Berny 10 janvier 2010

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Elle a été une mère, une famille, un ami, un conseil ; elle a fait l’écrivain, elle a consolé le jeune homme, elle a créé le goût…

(lettre à Mme Hanska,  juillet 1837)

Mme de Berny (1777-1836) une des femmes de la vie de Balzac ; est une des femmes les plus importantes de la vie de Balzac ; est peut-être la femme la plus importante de la vie de Balzac. Lorsque Laure de Berny et Honoré se rencontrent, lui a à peine 20 ans passés, elle déjà presque … 45 ans. A cette époque, la famille de Balzac et la famille de Berny sont voisines à Villeparisis. C’est une femme bien placée, son mari est conseiller à la cour, elle-même est la fille du professeur de harpe de la reine Marie-Antoinette, filleule de cette même reine et du roi qui va avec (Louis XVI, donc). Le jeune Balzac entre donc dans sa vie, d’abord comme précepteur de ses filles, puis il devient un amant de plus en plus pressant ; elle se refuse d’abord au jeune homme, le trouvant trop jeune, notamment. Elle cèdera pour devenir l’amante la plus importante du futur écrivain, écrivain qu’elle contribue à façonner par ses conseils, elle est aussi la figure maternelle qui a manqué à Balzac (elle a 1 ans de plus que Mme de Balzac mère). Et il l’appelle Laure (son prénom usuel est Antoinette, mais Balzac aime l’appeler par son 2è prénom : Laure. Laure, un des prénoms de sa mère, le prénom de sa sœur bien aimée) ; il l’appelle la Dilecta (« l’aimée » en latin) . Il va chez elle à La Bouleaunière près de Nemours. Il l’amène à Saint-Cyr-sur-Loire en Touraine dans une maison nommée la  Grenadière (le roman La Grenadière évoque cette maison à flanc de coteau, avec une belle vue sur la Loire) en 1830 ; de là ils partent pour Le Croisic (à l’époque la Loire se remontait (et se redescendait) en bateau). Il lui dédie Louis Lambert (Et nunc et semper dilectae dicatum / A la chère entre toutes et maintenant et toujours). Enfin, il s’inspire d’elle (et de leur relation) pour camper Mme de Morsauf (et l’intrigue) du Lys dans la vallée, un des (le ?) dernier roman de Balzac qu’elle lit puisque qu’elle meurt l’année même de la parution de ce roman.

Balzac et les mansardes 4 janvier 2010

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Je demeurais alors dans une petite rue que vous ne connaissez sans doute pas, la rue de Lesdiguières : elle commence à la rue Saint-Antoine, en face d’une fontaine près de la place de la Bastille et débouche dans la rue de La Cerisaie. L’amour de la science m’avait jeté dans une mansarde où je travaillais pendant la nuit, et je passais le jour dans une bibliothèque voisine, celle de MONSIEUR. Je vivais frugalement, j’avais accepté toutes les conditions de la vie monastique, si nécessaire aux travailleurs.

Facino Cane


Dans cet extrait de la nouvelle Facino Cane, Balzac évoque explicitement sa première mansarde, celle qu’il a réellement habité rue Lesdiguières – à Paris, près de la Bastille – alors qu’il avait une vingtaine d’années. C’est dans cette petite pièce qu’il écrit un de ses premiers textes : l’adaptation de Cromwell (qui ne sera pas éditée).

Balzac n’hésite pas  à évoquer cette expérience dans La Peau de chagrin où on retrouve une mansarde aux murs jaunes et sales, qui sentait la misère et appelait son savant. La toiture s’y abaissait régulièrement et les tuiles disjointes laissaient voir le ciel. Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises, et sous l’angle aigu du toit je pouvais loger mon piano. Un piano que Balzac évoque aussi dans sa correpondance avec sa sœur. Pour écrire, Balzac semble préférer les pièces de dimensions modestes. C’est d’ailleurs une petite pièce presque sous les toits, pas plus grande qu’une cellule de moine, qu’il utilise à Saché (je suis heureux d’être là comme un moine dans un monastère, y écrit-il en mars 1833 à Mme Hanska). Son cabinet de travail dans la maison de la rue Reynouard n’est pas non plus une pièce immense. A la fin des années 1840’, alors qu’il vient d’acheter l’hôtel particulier de la rue Fortunée, à Paris, Balzac évoque à plusieurs reprises des mansardes : lorsque que ses comptes ne sont pas bons (sic) et qu’il envisage de revendre l’hôtel  V[otre] estime, v[otre] affection et une mansarde me suffisent. (l. à Mme Hanska août 1847) ; lorsque Mme Hanska se fait un peu désirer et qu’il ne peut vivre dans cette maison sans elle, dirait-on Je suis décidé à quitter la rue Fortunée, à prendre une petite mansarde à côté, j’y viendrai tous les jours soigner l’habitation (l. à Mme Hanska juillet 1847) ; ou encore, pour revenir à l’inspiration, parce que les pièces de cet hôtel particulier semblent trop grandes pour qu’il puisse s’y concentrer Si je vais mieux qu’ici à Saché, je prendrai au retour une mansarde de 200 fr. par an dans le f[au]b[ourg] du Roule à deux pas de la maison, et je verrai si j’y puis travailler. (l. à Mme Hanska juillet 1847).

Balzac et ses romans évoquant la Touraine 4 janvier 2010

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Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert; je l’aime comme un artiste aime l’art; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus.

Le Lys dans la vallée

Après Paris, la Touraine et ses environs (Saumur, Issoudun, Sancerre et Vendôme) est la région où Balzac situe le plus de ses romans. Cet ensemble représente une dizaine de romans. Et encore, sans compter ceux qui évoquent la Touraine à un moment ou l’autre comme La Peau de chagrin, La femme de trente ans ou encore  César Birotteau (liste non exhaustive) …Touraine natale et Touraine désirée, luxe, calme et volupté avant l’heure, sans doute. Des romans en Touraine et pas des moindres, Le Lys dans la vallée par exemple, dont pratiquement toute l’action se déroule sur la commune de Saché, dans les petits châteaux environnants, et se terminant même dans la chambre que Balzac occupait lors de ses séjours chez ses hôtes M. et Mme de Margonne (voir…). Le curé de Tours aussi dans lequel l’abbé Birotteau roule sur les pavés (mouillés) des alentours du cloître de la Psalette et de la cathédrale Saint-Gatien.

Moins connus mais tout aussi tourangeaux sont La Grenadière, petite maison sur la commune de Saint-Cyr-sur-Loire et qui offre un panorama sur la Loire et sur la « Capitale » riveraine : La Grenadière est une petite habitation située sur la rive droite de la Loire, en aval et à un mille environ du pont de Tours. En cet endroit, la rivière, large comme un lac, est parsemée d’îles vertes et bordée par une roche sur laquelle sont assises plusieurs maisons de campagne, toutes bâties en pierre blanche, entourées de clos de vigne et de jardins où les plus beaux fruits du monde mûrissent à l’exposition du midi. Balzac connaît bien cette maison, une de ses chimères, qu’il aurait aimé un temps acheter et où il passa quelques semaines avec sa première amante Mme de Berny. Et L’Illustre Gaudissart, fable drolatique et physiologie d’un commis voyageur roublard pris à son propre jeu par les Vouvrillons (habitants de Vouvray).

Et autour, comme un second cercle ou un petit encadré géo-littéraire de personnages romanesques : Eugénie Grandet à Saumur : Louis Lambert à Vendôme : La Muse du département à Sancerre : La Rabouilleuse à Issoudun.

Balzac et Fedor M. Dostoïevski 31 décembre 2009

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Il faut que tu saches que pendant les fêtes, j’ai traduit Eugénie Grandet de Balzac (c’est une merveille ! C’est une merveille !). La traduction est admirable. On m’en donne au minimum 350 roubles assignats. Mais le « futur millionnaire » n’a pas d’argent pour la copie. Au nom des anges célestes, envoie moi 35 roubles assignats

F. M. Dostoïevski, l. à son frère, janv. 1844

Fedor M. Dostoïevski (1821-1881) vient après Balzac, décalage d’une génération environ. A l’époque, la Russie lettrée est francophile et Balzac bien connu par là-bas (sa polonaise le lisait déjà dans les années 1830’). Romanciers immenses, Balzac et Dostoïevski n’ont pas que des pages de lignes en communs mais aussi le travail de nuit, le café  « épais », l’argent qui brûle les doigts … et la Madone Sixtine de Raphaël (qu’on retrouve dans Eugénie Grandet, dans César Birotteau et dans Crime et châtiment). Balzac exercera une forte influence sur l’écrivain russe. D’ailleurs ce dernier commence quasiment sa carrière littéraire en traduisant du Balzac, Eugénie Grandet. Il a alors à peine plus de 20 ans et traduit plus avec passion qu’avec rigueur, enlaidissant notamment ce qui évoque le Père Grandet qu’il déteste. Dostoïevski, habité par les personnages, ne cherche pas l’exactitude absolue, ajoutant des choses de son cru. Aussi pour premiers conseils littéraires à sa jeune femme, Dostoïevski annonce en 1867 Eugénie Grandet, Le Père Goriot, César Birotteau et Les Parents Pauvres.

Aussi, notons que Dostoïevski traduit La Dernière Aldini de George Sand … sans s’assurer auparavant que cela n’avait pas déjà été fait. Mais cela l’avait été : qu’en savais-je, j’étais en fureur écrit-il alors.

Aussi, notons (2) Tourgueniev, pourtant littéraro-francophile, n’aime pas tellement Balzac : Je me serais plutôt chargé de traduire quelques pages de Montaigne ou de Rabelais, mais en aucune manière de Balzac, dont je n’ai jamais pu lire plus de dix pages d’affilée, tant il m’est contraire et étranger. (1883, Les Belles lettres)

A voir sur ce thème :

Balzac et Dostoïevski, Vera Biron, Balzac dans l’Empire russe – ouvrage collectif, ed. des Cendres/Paris-Musées

Balzac et Les Petits bourgeois 28 décembre 2009

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Mon cher Monsieur Lockroy, je suis parti sur le champ pour la terre de Saché précisément pour ne pas être soumis aux mille dérangements de Paris et faire silencieusement et promptement les Petits Bourgeois ; votre inquiétude est venue m’y trouver au moment où j’ai fini le 1er acte, ainsi je puis vous rassurer ; vous aurez cette comédie à la fin du mois […].

l. à Lockroy, 8 juin 1848

En plus de sa petite centaine de romans, Honoré de Balzac a écrit notamment une dizaine de pièces de théâtre. Et certains de ses romans ont été adaptés pour le théâtre comme Le Père Goriot. En 1843, Balzac commence un roman intitulé Les Petits bourgeois. Projet abandonné en 1844, puis repris en 1846, puis de nouveau et définitivement abandonné. Puis tout de même terminé après la mort de Balzac par Charles Rabou (voir…). En 1848, Honoré de Balzac promet une pièce au directeur du théâtre de la République Joseph-Philippe Lockroy. Balzac reprend le thème et le titre du roman, va à Saché avec l’espoir d’écrire cette pièce. Mais, à cette période, Balzac est très malade et ne trouve finalement pas l’inspiration malgré le café qu’il fait venir de Paris… Mon café est venu de Paris, j’en prenais ici de détestable, et j’attribuais mon incapacité cérébrale à ce mauvais café, je vais voir si Les Petits Bourgeois s’en trouveront mieux. …jusqu’en Touraine. Et malgré l’auto-persuasion qu’il pratique en disant à Lockroy qu’il est en instance de terminer sa pièce alors que Balzac lui-même sait que cela se compromet de plus en plus au fil du temps qui passe. Au final, Balzac ne livrera pas sa pièce dont il n’écrit que le premier acte aujourd’hui disparu et dont il ne reste qu’une liste des personnages et quelques notes. Si le roman et la pièce semblent avoir le même sujet, ils ont aussi le même destin de rester inachevés.

Balzac et les romans écrits à Saché 28 décembre 2009

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J’avais entrepris d’aller à pied de Tours à Saché, vieux reste de château, qui se recommande chaque année à ma mémoire par des souvenirs d’enfance et d’amitié,

Extrait de La Scène de village version fossile du Médecin de campagne

la Touraine m’avait si bien ravitaillé que jeudi, vendredi, samedi et dimanche, j’ai conçu les Illusions perdues, et j’en ai écrit les quarante premiers feuillets.

l. à Émile Regnault le 27 juin 1836.

Balzac vient plusieurs fois chez M. de Margonne au château de Saché, une dizaine de fois environ, trouver le calme propice à l’écriture. Balzac y travaille dans sa petite chambre à une dizaine de romans ; à certains parmi ses plus célèbres comme Le Père Goriot ou Illusion Perdues, à d’autres aujourd’hui moins connus comme Louis Lambert ou Maître Cornélius. Mais une constante, il n’en écrit aucun en entier dans ce château.

Le Père Goriot, pour commencer par le plus célèbre, est entamé lors d’un séjour en Touraine en 1834. Au début du roman, on retrouve une description de papier peint évoquant le festin donné au fils d’Ulysse par Calypso : dans la salle à manger du salon, on peut voir une frise, sur le papier, qui représente une scène grecque où un festin … Balzac est un grand observateur de ce qui l’entoure. Balzac est content (euphémisme) de son idée et écrit à sa mère le 24 septembre 1834 c’est une œuvre plus belle encore qu’Eugénie Grandet, du moins, j’en suis plus content.

Pour continuer, l’un des plus épais, Illusions Perdues, conçues et commencées au château. Puis l’histoire du parfumeur César Birotteau corrigée (mais pour Balzac corrigé = réécriture, voir recomposition de passages entiers). Aussi Louis Lambert dont on dit que Balzac se serait (un peu) inspiré d’un voisin du château, fils d’artisan et du nom de … Louis Lambert. Et encore Maître Cornélius (corrigé), Le Cabinet des antiques (terminé), La Scène de village (commencée puis déroutée pour donner Le Médecin de campagne) et le projet inachevé des Petits bourgeois (voir…).

Enfin, comme Balzac avait l’habitude de terminer ses romans par une datation, précisons que Louis Lambert et Maître Cornélius finissent respectivement ainsi : Au Château de Saché, 1832 pour l’un et Au Château de Saché, 1832. Et que Le Père Goriot absolument pas terminé en Touraine est aussi daté : Saché, 1834.

(vers le musée Balzac)