Forcémment BALZAC, forcémment SAND, forcémment d’autres aussi (…PROUST…RABELAIS…Alain FOURNIER…)
dans leur géographie au Centre
c’est une résidence numérique,
Forcémment BALZAC, forcémment SAND, forcémment d’autres aussi (…PROUST…RABELAIS…Alain FOURNIER…)
dans leur géographie au Centre
c’est une résidence numérique,
“J’appartiens à la classe abhorrée par les peintres et par les musiciens, abusivement nommée d’une façon méprisante, gens de lettres”.
Honoré de Balzac,
Lettre à Maurice Schlesinger,
Paris, 29 mai 1837.
Le musée Balzac vous propose de découvrir les différents cercles littéraires d’Honoré de Balzac à travers une riche sélection de manuscrits et d’estampes issus de ses collections. Depuis son entrée dans le monde des lettres jusqu’à sa mort, Honoré de Balzac n’a cessé de côtoyer ses illustres contemporains avec lesquels il a nourri diverses relations : rencontres éphémères ou durables dans les salons, collaborations journalistiques ou éditoriales, solidarités au sein de la Société des gens de Lettres, ou encore rivalités et soutiens pour entrer à la prestigieuse Académie française.
Château de Saché
37190 Saché, France
> Horaires : tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h, du 1er octobre 2011 au 12 février 2012.
> Tarifs : droit d’entrée du musée – 4,50 €, gratuit pour les moins de 12 ans.
« Quand j’ai commencé à écrire sur New York, il y a bien longtemps de cela, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas beaucoup de romans américains consacrés aux villes. La littérature américaine s’intéressait à la frontière, aux banlieues résidentielles. Et au même moment, j’ai découvert les grands romans parisiens de Balzac. Beaucoup de ses livres me plaisent, mais Illusions perdues me paraît le plus accompli, avec cette histoire de petit provincial qui va se voir corrompu par la grande ville.
Jay McInerney : “Les livres de ma vie“
Ils n’ont fait aucun commentaire sur mai 68,
Ni commentaire sur la société du spectacle,
Mais ils savaient que Balzac était payé à la ligne
Et qu’on pouvait en tirer un certain mépris.
Arnaud Fleurent-Didier, France Culture
(note : Balzac n’était pas particulièrement payé à la ligne)
J’avais dix-huit ans
Tout juste et quittant
Ma ville natale
Un beau jour, o gue
Je vins débarquer
dans la capitale
J’entrais pas aux cris
D’”A nous deux Paris”
En Île-de-France
Que ton Rastignac
N’ait cure, Balzac!
De ma concurrence
De ma concurrenceGeorges Brassens, Les ricochets
Quand je n’écris pas mes manuscrits, je pense à mes plans, et quand je ne pense pas à mes plans et ne fais pas de manuscrits, j’ai des épreuves à corriger. Voici ma vie.
H. de Balzac, Lettre à Mme Hanska,
14 novembre 1842.
En 8 jours, j’avais inventé, composé les Illusions perdues, et j’en avais écrit LE TIERS. Jugez de ce que c’était qu’un pareil travail. Toutes mes facultés étaient tendues, j’écrivais 15 heures par jour, je me levais avec le soleil et, j’allais jusqu’à l’heure du dîner, sans prendre autre chose que du café à l’eau.
H. de Balzac, Lettre à Mme Hanska
Saché, 13 juillet – 22 août 1836.
C’est un tissu de lignes, un tohu-bohu de renvois [...]. C’est assez semblable au travail de l’araignée dont le tissu serait infiniment plus serré et dont chaque fil aboutirait mystérieusement à une idée ou complément d’idée »
Edmond Werdet, un de ses éditeurs,
Portrait intime de Balzac, E. Denti, 1859.
Balzac écrit, re-écrit, corrige, re-corrige. Sans fin. Lors de ses sessions d’écriture, il passe 10 à 20 heures à travailler par jour. Effréné ; bourreau de travail ; ouvrier de la littérature, comme il se présente, « et croyez à la vive amitié de votre camarade empêtré fort maladroitement dans son travail de labourage intellectuel. » écrit-il à LOUIS MARTEAU (8 décembre 1831), depuis Saché, lieu de villégiature laborieuse par excellence. .
Balzac a une façon bien à lui de travailler : 1/ Le manuscrit, rédigé à la plume d’oie. Petite écriture fine et serrée, pas franchement facile à lire – quelques ratures, une petite marge sur la gauche pour y parsemer des corrections, encore peu nombreuses en regard de ce qui va venir.
Manuscrits du Père Goriot, sur le site de l’Institut de France
Il envoie ce manuscrit à l’imprimeur qui met un typographe habitué à relire l’écrivain sur le coup.
(il se tire les cheveux, le typographe)
2/ Mise en forme puis mise sur la forme, grandes feuilles avec larges marges : une épreuve à corriger pour l’écrivain. Qui corrige, en effet, largement, dans les marges.
Pas un mot par-ci-par-là ou juste les fautes d’orthographe, non.
Ajouts de passages entiers, des suppressions aussi, parfois. Une véritable reprise du texte, entreprise de réécriture. 3/ Ce « tohu-bohu de renvois » repart chez l’imprimeur. Qui est chargé (typographie à l’ancienne, caractère par caractère) de remettre tout en ordre.
Epreuve corrigée de La Chine et les chinois, sur le Facebook du Musée Balzac
(il se tire les cheveux, une 2è fois)
4/ Il renvoie à Balzac, qui corrige, encore, renvoie à l’imprimeur, qui recompose, encore, renvoie à Balzac … et comme cela, il peut y avoir jusqu’à une dizaine, voire une quinzaine, d’aller-retours entre Balzac et l’imprimeur, pour certaines parties de romans.
5/ Et le livre publié, que nenni, pas fini, Honoré l’obstiné corrige encore (et toujours) sur ses propres ouvrages, pour améliorer l’édition suivante.
Si les Français ont autant de répugnance que les Anglais ont de propension pour les voyages, peut-être les Français et les Anglais ont-ils raison de part et d’autre. On trouve partout quelque chose de meilleur que l’Angleterre, tandis qu’il est excessivement difficile de retrouver loin de la France les charmes de la France. Les autres pays offrent d’admirables paysages, ils présentent souvent un comfort supérieur à celui de la France, qui fait les plus lents progrès en ce genre. Ils déploient quelquefois une magnificence, une grandeur, un luxe étourdissants ; ils ne manquent ni de grâce ni de façons nobles, mais la vie de tête, l’activité d’idées, le talent de conversation et cet atticisme si familiers à Paris ; mais cette soudaine entente de ce qu’on pense et de ce qu’on ne dit pas, ce génie du sous-entendu, la moitié de la langue française, ne se rencontrent nulle part.
Honorine (1844)
C’est Balzac, faisant un tour d’horizon comme il lui arrivait d’en faire, émettant des prophéties si vraisemblables quand il braque son oeil sur l’avenir et qui paraissant si probantes quand il le dirige sur le passé, c’est Balzac, le visionnaire, qui, à propos de Paris, Port-de-Mer, précise quelle fut l’erreur des Valois d’établir la capitale du royaume dans le bassin de la Seine et non pas sur les bords de la Loire, à Blois ou à Tours, « … accessible aux vaisseaux de commerce et aux bâtiments de guerre… à l’abri des coups de main et des invasions…, pas de places du Nord à entretenir aussi coûteuses que Versailles…» et d’évoquer ce qu’eût pu être la grandeur, le destin de la France : « … la révolution de 1789 n’aurai pas eu lieu…. »
Citant ce passage, tiré de Catherine de Médicis à Chadenat, qui ne lisait pas les romans, l’irréductible ennemi des Anglais me dit :
« Votre maître Balzac n’y’ entend rien. C’est un romancier. Mais la flotte anglaise qui faisait le blocus de La Rochelle et prêtait main forte aux Huguenots, serait remontée par la Loire, aurait bombardé Tours ou Blois et les Anglais auraient pris d’assaut la capitale des Rois deux siècles avant la prise de la Bastille par le peuple souverain!… »
Chadenat avait raison. Balzac, mon maître, mon troisième maître, Honoré de Balzac et tous ses personnages!… Lire la suite
Honoré de Balzac a déjà écrit une bonne partie (les 2/3) de ses romans lorsqu’il se penche sérieusement sur l’idée de les regrouper sous le titre de Comédie humaine. Ce n’est pas une idée pré-éxistante, mais une idée qui se développe au fil des années. Néanmoins, il y a quelques signes précurseur comme les regroupements de romans sous des titres qu’il réutilisera (plus ou moins) comme Les Contes philosophiques ou Les Scènes de la vie privée. & les fameux personnages reparaissant afin de lier tout cela, de faire comme diront Hugo ou Sand de cet ensemble un grand livre. Au début de cette mise en Comédie humaine, en 1842, Balzac propose un Avant-propos explicatif de son projet. Il y dit notamment qu’il veut-être historien des mœurs, ne cite que très peu les romanciers (Walter Scott) mais abondamment les scientifiques (Buffon, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire…) faisant pencher son œuvre au moins autant du côté de la science que du côté de la littérature romanesque. Comme je l’ai préparé pour le mettre dans ma liseuse, (le texte original a été piqué ici) voici cet Avant-propos très instructif.
Balzac aimait bien Rabelais, il le cite, y fait référence, va jusqu’à reprendre le pseudo de l’écrivain de la Renaissance (Alcofribas) pour signer un article de journal. En hommage (?) Balzac écrit dans les années 1830 une série de contes écrits en simili-ancien-français : Les Contes drôlatiques (encore une référence à Rabelais, aux Songes drôlatiques (mais qui ne seraient en fait pas de Rabelais)). C’est grivois, c’est pas facile à lire, et ça se passe pas mal en Touraine.
Tours ha été et sera touiours les pieds dedans la Loire, comme une jolie fille qui se baigne et joue avecque l’eaue, faisant flic flac en fouettant les ondes avecque ses mains blanches; car ceste ville est rieuse, rigolleuse, amoureuse, fresche, fleurie, perfumée mieux que toutes les aultres villes du monde qui ne sont pas tant seullement dignes de lui paigner ses cheveulx, ni de luy nouer sa saincture…
Contes drôlatiques , L’Apostrophe