Rien n’était plus horrible que cette mansarde aux murs jaunes et sales, qui sentait la misère et appelait son savant. La toiture s’y abaissait régulièrement et les tuiles disjointes laissaient voir le ciel. Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises, et sous l’angle aigu du toit je pouvais loger mon piano.

La Peau de Chagrin

En 1831, au moment où paraît cette Peau de chagrin, Balzac commence à peine à être connu dans les salons parisiens grâce au scandale de son livre précédent La Physiologie du mariage et à quelques nouvelles. Si le livre a une dimension fantastique -le fantastique est à la mode, La Peau de chagrin y est aussi, c’est le livre que tout le monde doit alors avoir lu- il est néanmoins ancré dans une certaine réalité. On retrouve la société de 1830 et des lendemains de la Révolution de Juillet qui a amené Louis-Philippe au pouvoir, le livre est parsemé d’allusions au triomphe de la bourgeoisie. On retrouve des personnes dans les personnages, Victor Hugo (dans Nathan), Lamartine (dans Canalis). On retrouve aussi des éléments de la vie de Balzac (même s’il ne faut pas y chercher une dimension autobiographique comme dans Le Lys dans la vallée) : par exemple la mansarde de Raphaël de Valentin ressemble étrangement à celle de Balzac rue Lesdiguière, près de la Bastille ; par exemple Raphaël écrit un traité de la volonté comme Balzac à ses débuts (cf aussi Louis Lambert). La Peau de chagrin sera donc le premier grand succès de Balzac (il est tiré à 4000 exemplaires, ce qui est considérable pour l’époque). Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Balzac rédige lui-même le compte rendu de son livre dans le journal La Caricature sous le pseudonyme du Comte Alexandre B.