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BALZAC

(par de petites portes)

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Nathan

La Peau de chagrin, Victor Hugo, Lamartine et Canalis, Nathan et Bianchon et Scribe

– Lamartine restera-t-il ?

– Ah ! Scribe, monsieur, a bien de l’esprit.

– Et Victor Hugo ?

– C’est un grand homme, n’en parlons plus.

– Vous êtes ivres !

Version 1833 à Furne non corrigé


– Nathan restera-t-il?

– Ah! ses collaborateurs, monsieur, ont bien de l’esprit.

– Et Canalis?

– C’est un grand homme, n’en parlons plus.

– Vous êtes ivres?

Version Furne corrigé

(manuscrit des années 1840’)

Balzac met en place, dans le courant des années 1830 (on dit souvent que c’est à partir du Père Goriot (1835) où Rastignac réapparaît pour la première fois ; il était déjà apparu dans La Peau de chagrin avec un rôle secondaire), le procédé dit des personnages reparaissants. C’est une des grandes caractéristiques de la Comédie Humaine, et cela permet de lier les romans les uns avec les autres jusqu’à n’en faire qu’un grand roman, comme l’a dit Victor Hugo. Cette idée va nécessiter des aménagements rétroactifs forçant Balzac à retourner dans les romans écrits avant d’avoir cette fameuse idée. C’est le cas pour La Peau de chagrin écrite en 1831, avant l’idée et qui est revue, donc. Voilà un petit exemple concernant notamment un changement autour de Victor Hugo et Lamartine qui apparaissent dans une sauterie au début du roman. Dans les premières éditions du moins…

Dans la version 1833 de La Peau de chagrin, on retrouve Victor Hugo et Lamartine nommément cités dans le petit passage évoqué ci-dessus, mais ni Canalis, ni Nathan n’apparaissent dans le roman (le futur Canalis n’y est alors qu’un fabricant de ballades non nommé).

Dans le Furne non corrigé, on se retrouve avec les 4 hommes :

Nathan et Canalis que l’on retrouve plusieurs fois au le début du récit et Victor Hugo et Lamartine seulement dans le petit passage cité ci-dessus.

Dans la version Furne corrigée, Balzac s’affranchit de la réalité, abandonne Hugo et Lamartine pour ne garder que le petit monde de La Comédie humaine, c’est-à-dire ici Nathan et Canalis. Le remplacement du nom ne doit pas faire illusion (voir R. Pierrot), mais le portrait de Canalis dans Modeste Mignon doit au moins un peu à Lamartine.

A noter que le médecin Bianchon n’apparaît pas non plus en 1833, mais intervient nommément dans la version Furne non corrigé des années 1840’.

(1833 🙂

– Savez-vous , lui répondit un médecin complètement ivre , qu’à peine y a t’il une membrane de différence entre un homme de génie et un grand criminel ?…

(qui devient en Furne non corrigé puis corrigé : )

– Savez-vous, lui répondit Bianchon complétement ivre, qu’une dose de phosphore de plus ou de moins fait l’homme de génie ou le scélérat, l’homme d’esprit ou l’idiot, l’homme vertueux ou le criminel ?

A noter (bis) qu’Eugène Scribe (librettiste notamment de Robert le diable de Meyerbeer en 1831) voit aussi son nom enlevé du roman.

Repères :

Ce qu’on appelle Furne non corrigé est la première édition de la Comédie Humaine (c’est-à-dire tous les romans de Balzac classés et regroupés en 17 volumes de luxe) qui paraît tome après tome dans le courant des années 1840’.

Le Furne corrigée est une édition qui paraîtra de façon posthume à Balzac et qui reprend les corrections manuscrites (inachevées) que Balzac avait noté à même ses ouvrages de l’édition Furne.

Balzac et Victor Hugo

je m’empresse de prévenir Monsieur de Balzac que j’ai une communication à lui faire touchant la proposition qu’il m’a bien voulu apporter l’autre jour […] Si Monsieur de Balzac est toujours dans la même disposition je le prie de vouloir bien venir causer avec moi le plus tôt possible ce soir par exemple, s’il est libre. Je l’attendrai chez moi jusqu’à huit heures […] j’aurai toujours grand plaisir à passer une heure ou deux avec un homme dont j’estime la personne et le talent, quand même ce ne serait que pour causer commerce.

l. de V. Hugo à H. Balzac (29 fév. 1828)

Victor Hugo est finalement le seul des grands écrivains de l’époque avec lequel Balzac va avoir une correspondance suivie. Certes les deux hommes ont leurs caractères mais cela ne les empêche pas de développer une amitié certaine et une admiration littéraire plus ou moins réciproque. Une amitié qui poussera Hugo à venir soutenir Balzac aux premières de ses pièces de théâtre qui ne se passent pas forcément bien (Balzac n’est pas un grand tragédien) ; amitié qui amènera Hugo au chevet de Balzac mourrant (Hugo est une des dernières personnes à voir Balzac vivant, un passage saisissant de ses Choses vues y est consacré, Hugo lui fera aussi un vibrant éloge funèbre). Quant à l’admiration littéraire,  il n’est pas sûr que Hugo n’apprécie plus que de façon courtoise les tragédies de Balzac, comme Balzac, de son côté, n’est pas toujours très flatteur envers l’œuvre d’Hugo (et notamment Ruy Blas). Ce qui n’empêche pas l’écrivain tourangeau de s’effacer de la course à l’Académie Française au profit d’Hugo en 1839 ; en retour, en 1849, Hugo votera pour Balzac. Une relation avec des hauts et des bas ; Balzac accuse (injustement ?) à un moment Victor Hugo d’être à l’origine d’une mauvaise critique, d’où cet emportement balzacien : On est grand poète et petit homme. Balzac s’inspire de Hugo pour créer son personnage de Nathan, modèle de l’écrivain mondain qui réussit dans tous les genres littéraires et qui songe à la politique. Balzac lui dédicace aussi l’un de ses chef-d’œuvres : Illusions perdues.

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