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(par de petites portes)

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Comédie Humaine

L’Avant-propos à La Comédie humaine

Honoré de Balzac a déjà écrit une bonne partie (les 2/3) de ses romans lorsqu’il  se penche sérieusement sur l’idée de les regrouper sous le titre de Comédie humaine. Ce n’est pas une idée pré-éxistante, mais une idée qui se développe au fil des années. Néanmoins, il y a quelques signes précurseur comme les regroupements de romans sous des titres qu’il réutilisera (plus ou moins) comme Les Contes philosophiques ou Les Scènes de la vie privée. & les fameux personnages reparaissant afin de lier tout cela, de faire comme diront Hugo ou Sand de cet ensemble un grand livre. Au début de cette mise en Comédie humaine, en 1842, Balzac propose un Avant-propos explicatif de son projet. Il y dit notamment qu’il veut-être historien des mœurs, ne cite que très peu les romanciers (Walter Scott) mais abondamment les scientifiques (Buffon, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire…) faisant pencher son œuvre au moins autant du côté de la science que du côté de la littérature romanesque. Comme je l’ai préparé pour le mettre dans ma liseuse, (le texte original a été piqué ici) voici cet Avant-propos très instructif.

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Balzac et La Comédie humaine

Vous ne vous figurez pas ce que c’est que la Comédie humaine ; c’est plus vaste, littérairement parlant, que la cathédrale de Bourges architecturalement.

(Lettre à Zulma Carraud, janvier 1845)

Balzac publie son premier roman sous son vrai nom en 1829 ; il s’agit des Chouans, le succès est mitigé. Puis il se fait connaître les années suivantes d’abord avec La Physiologie du mariage (toute fin 1829) et avec l’immense succès de La Peau de chagrin (1831). Lorsqu’il écrit ses premiers romans Balzac n’a pas encore l’idée de les rassembler sous un titre unificateur et de les classer de façon rigoureuse. Cette idée va se développer au fur et à mesure, d’abord en procédant à des ébauches préfigurant le classement à venir par exemple avec Le Livre mystique (1835) qui regroupe Les Proscrits, Louis Lambert et Séraphîta. Puis Balzac va avoir une idée géniale, il est probablement le premier à l’avoir, faire réapparaître des personnages dans différents romans. Ce ne sont pas des héros comme on en a l’habitude aujourd’hui, mais juste des personnages parfois principaux, les fois d’après secondaires, Parfois ils ne sont qu’évoqués dans un salon, mais ces différentes références permettent de les suivre dans ce petit monde qu’est La Comédie humaine. Balzac écrit 91 romans (son œuvre presque complète) dans lesquels il fait réapparaître plus de 500 personnages. Ce retour des personnages permet de relier les différents romans entre eux, d’en faire un seul et même grand roman comme le dit Victor Hugo en 1850 : Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir.  L’un des personnages les plus connus et les plus importants de cette œuvre gigantesque est bien entendu Rastignac ; c’est l’un de ceux qui réapparaît le plus aussi : une trentaine de fois, c’est le modèle de l’ambitieux pour Balzac, celui qui arrivera au sommet du pouvoir par tous les moyens (il finit en effet par devenir ministre à la fin des références l’évoquant). Rastignac apparaît pour la première fois dans un rôle secondaire dans La Peau de Chagrin, il est environ au milieu de sa vie ; il réapparaît quelques années plus tard dans Le Père Goriot (en 1835) avec le rôle principal cette fois-ci, mais il est aussi beaucoup plus jeune puisqu’étudiant d’une vingtaine d’années. C’est dans le courant des années 1840’ que Balzac va élaborer cette Comédie humaine dans le cadre d’une édition de luxe chez l’éditeur Furne. 17 volumes rassemblant ces 91 textes classés thématiquement en 3 grandes parties aux intitulés très scientifiques : les Etudes de mœurs (où on retrouve Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée, Eugénie Grandet…), les Etudes philosophiques (La Peau de chagrin, Louis Lambert…), les Etudes analytiques (La Physiologie du mariage). Parmi les quelques titres auxquels pensa Balzac, il y eu notamment ‘La diabolique comédie du sieur Balzac’. Mais finalement il se fixa sur Comédie humaine, qui ne peut qu’évoquer Dante (que par ailleurs Balzac cite régulièrement) et sa Divine comédie doublement renversée.

A voir aussi :

Le classement de l’édition Furne de La Comédie humaine

La Peau de chagrin, Victor Hugo, Lamartine et Canalis, Nathan et Bianchon et Scribe

– Lamartine restera-t-il ?

– Ah ! Scribe, monsieur, a bien de l’esprit.

– Et Victor Hugo ?

– C’est un grand homme, n’en parlons plus.

– Vous êtes ivres !

Version 1833 à Furne non corrigé


– Nathan restera-t-il?

– Ah! ses collaborateurs, monsieur, ont bien de l’esprit.

– Et Canalis?

– C’est un grand homme, n’en parlons plus.

– Vous êtes ivres?

Version Furne corrigé

(manuscrit des années 1840’)

Balzac met en place, dans le courant des années 1830 (on dit souvent que c’est à partir du Père Goriot (1835) où Rastignac réapparaît pour la première fois ; il était déjà apparu dans La Peau de chagrin avec un rôle secondaire), le procédé dit des personnages reparaissants. C’est une des grandes caractéristiques de la Comédie Humaine, et cela permet de lier les romans les uns avec les autres jusqu’à n’en faire qu’un grand roman, comme l’a dit Victor Hugo. Cette idée va nécessiter des aménagements rétroactifs forçant Balzac à retourner dans les romans écrits avant d’avoir cette fameuse idée. C’est le cas pour La Peau de chagrin écrite en 1831, avant l’idée et qui est revue, donc. Voilà un petit exemple concernant notamment un changement autour de Victor Hugo et Lamartine qui apparaissent dans une sauterie au début du roman. Dans les premières éditions du moins…

Dans la version 1833 de La Peau de chagrin, on retrouve Victor Hugo et Lamartine nommément cités dans le petit passage évoqué ci-dessus, mais ni Canalis, ni Nathan n’apparaissent dans le roman (le futur Canalis n’y est alors qu’un fabricant de ballades non nommé).

Dans le Furne non corrigé, on se retrouve avec les 4 hommes :

Nathan et Canalis que l’on retrouve plusieurs fois au le début du récit et Victor Hugo et Lamartine seulement dans le petit passage cité ci-dessus.

Dans la version Furne corrigée, Balzac s’affranchit de la réalité, abandonne Hugo et Lamartine pour ne garder que le petit monde de La Comédie humaine, c’est-à-dire ici Nathan et Canalis. Le remplacement du nom ne doit pas faire illusion (voir R. Pierrot), mais le portrait de Canalis dans Modeste Mignon doit au moins un peu à Lamartine.

A noter que le médecin Bianchon n’apparaît pas non plus en 1833, mais intervient nommément dans la version Furne non corrigé des années 1840’.

(1833 :)

– Savez-vous , lui répondit un médecin complètement ivre , qu’à peine y a t’il une membrane de différence entre un homme de génie et un grand criminel ?…

(qui devient en Furne non corrigé puis corrigé : )

– Savez-vous, lui répondit Bianchon complétement ivre, qu’une dose de phosphore de plus ou de moins fait l’homme de génie ou le scélérat, l’homme d’esprit ou l’idiot, l’homme vertueux ou le criminel ?

A noter (bis) qu’Eugène Scribe (librettiste notamment de Robert le diable de Meyerbeer en 1831) voit aussi son nom enlevé du roman.

Repères :

Ce qu’on appelle Furne non corrigé est la première édition de la Comédie Humaine (c’est-à-dire tous les romans de Balzac classés et regroupés en 17 volumes de luxe) qui paraît tome après tome dans le courant des années 1840’.

Le Furne corrigée est une édition qui paraîtra de façon posthume à Balzac et qui reprend les corrections manuscrites (inachevées) que Balzac avait noté à même ses ouvrages de l’édition Furne.

Balzac et Louis-Philippe

Balzac écrit sa Comédie Humaine (ses romans presque complets, disons) en moins de 20 ans : entre 1829 et 1848). Louis-Philippe est Roi des Français entre 1830 et 1848, ce qui correspond presque absolument aux mêmes dates. On sait que Balzac veut être un historien des mœurs de son temps, il s’inspire donc beaucoup de cette monarchie (de Juillet) dans laquelle il vit. On retrouve, pour ne citer que les plus connus, des références à cela dans La Peau de chagrin (la crise qui a suivi l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe) et dans Le Père Goriot (l’émergence d’une bourgeoisie d’affaire favorisée par ce Roi qu’on dit Roi-bourgeois au dépend de la noblesse). Balzac, qui est un royaliste (un légitimiste même) affirmé n’aime pourtant pas Louis-Philippe qui ne semble pas être assez royaliste à son goût (puisqu’il se compromet avec la bourgeoisie). Au début des années 1830, comme l’art de la caricature se développe considérablement, Louis-Philippe est attaqué et représenté sous forme de poire (ici au centre de la lithographie) en référence à ses joues tombantes. En 1835, Louis Philippe interdit définitivement qu’on le représente ; les caricaturistes, plutôt que de risquer la prison, se tournent donc vers d’autres personnalités comme les écrivains… et donc Balzac.

  

Balzac et les livres non terminés (par Balzac)

Les Paysans doivent être et seront un chef d’œuvre.

Lettre à Mme Hanska (1844)

La Comédie humaine est avant tout une œuvre inachevée. Honoré de Balzac a écrit 91 textes (romans ou nouvelles) pour cette grande œuvre, mais il en prévoyait 137. Donc une grosse quarantaine manquent. Cependant Balzac a laissé les titres des différents textes de cette part manquante dans son classement final de La Comédie humaine, ce qui nous permet d’avoir une idée de l’ensemble que l’auteur voulait proposer. On a pour un certain nombre de ces textes quelques notes ou des ébauches plus ou moins avancées. Il y a aussi 3 livres classés comme s’ils étaient finis ; Le Député d’Arcis, Les Petits bourgeois et Les Paysans ; or ce n’est pas Honoré de Balzac qui les a terminé. Pour le premier et le deuxième, Mme de Balzac(-Hanska) demande à Charles Rabou de les achever à partir de notes et de fragments laissés par Balzac, ces romans paraîtront en 1854. pour le troisième, qui devait donc être un chef-d’œuvre mais qui restera finalement un document d’histoire sur ce monde des paysans (l’histoire serait inspirée des relations entre Paul-Louis Courier et ses paysans), monde peu abordé par l’écrivain ; c’est Mme de Balzac(-Hanska) qui le terminera et le publiera en 1855.

Balzac et l’auto-plagiat

A sa droite, le voyageur embrasse d’un regard toutes les sinuosités de la Cise, qui se roule, comme un serpent argenté, dans l’herbe des prairies auxquelles les premières pousses du printemps donnaient alors les couleurs de l’émeraude. […] Le voyageur aperçoit devant lui […] une chaîne de rochers qui, par une fantaisie de la nature, paraît avoir été posée pour encaisser le fleuve dont les flots minent incessamment la pierre, spectacle qui fait toujours l’étonnement du voyageur.

La Femme de trente ans (commencé vers 1830)

Ce chemin, qui débouche sur la route de Chinon, bien au delà de Ballan, longe une plaine ondulée sans accidents remarquables, jusqu’au petit pays d’Artanne. Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé.

Le Lys dans la vallée (1836)

Balzac est un des plus grands écrivains français, c’est un fait. Mais cela n’empêche pas qu’on retrouve certaines faiblesses dans cette œuvre complexe qu’est La Comédie humaine. Balzac est parfois dépassé par sa création, se trompant dans le retour de certains personnages ou collant sous un même titre plusieurs textes assez différents qui ne forment au final qu’un ensemble assez hétéroclite et peu gracieux (cette fameuse Femme de trente ans regroupe par exemple 6 nouvelles lissées). Aussi, Balzac n’hésite pas à se plagier comme dans les extraits présentés ci-avant. Certes les deux passages se passent en Touraine, donc on pourra dire que c’est une caractéristique des paysages de par ici, mais tout de même il y a beaucoup de ressemblances, les rivières  se roulent comme des serpents, dans un environnement couleur d’émeraude, et les 2 fois le voyageur subit l’étonnement…

Prénoms trouvés dans la Comédie humaine

Liste de quelques prénoms tirés de la Comédie Humaine, personnages plus ou moins connus !

Masculins : Félix, Facino, Hyacinthe (Chabert), Andoche, Anselme, Gustave, Philéas, Octave, Balthazar, Wenceslas, César, Godefroid…

Féminins : Céléstine, Honorine, Félicie, Adolphine, Maximilienne, Armande, Marie-Théodose, Séraphine, Bathilde, Hortense, Gertrude, Zéphirine, Josepha, Eugénie, Maria Juana Pepita, Foédora, Euphrasie…

Balzac et Daumier

12060877_Honore De Balzac with a Cane  Probably Drawn for the BookHonoré de Balzac et Honoré Daumier sont (à 10 ans près : le premier naît en 1799, le second en 1808) de la même génération. Ils se sont rencontrés vers 1830 en collaborant aux mêmes journaux-artistes (La Silhouette par exemple). S’ils ne sont pas du même bord politique (Balzac est légitimiste, Daumier républicain) et qu’ils ne développent pas particulièrement de grande amitié, ils s’apprécient réciproquement. Balzac sollicitera Daumier pour un petit livre la Physiologie du rentier et pour quelques bois gravés insérés dans la Comédie Humaine publiée en 17 volumes par Furne dans les années 1840, parmi lesquels un célèbre Père Goriot aphasique. Honoré Daumier est présumé être l’auteur de l’illustration ci-contre qui représenterait Balzac armé de sa légendaire canne.

A voir sur ce thème :

Balzac-Daumier, comédies humaines, catalogue de l’exposition, Conseil Général d’Indre-et-Loire, 2008

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