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BALZAC

(par de petites portes)

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Balzac et les manuscrits

Quand je n’écris pas mes manuscrits, je pense à mes plans, et quand je ne pense pas à mes plans et ne fais pas de manuscrits, j’ai des épreuves à corriger. Voici ma vie.

H. de Balzac, Lettre à Mme Hanska,

14 novembre 1842.

En 8 jours, j’avais inventé, composé les Illusions perdues, et j’en avais écrit LE TIERS. Jugez de ce que c’était qu’un pareil travail. Toutes mes facultés étaient tendues, j’écrivais 15 heures par jour, je me levais avec le soleil et, j’allais jusqu’à l’heure du dîner, sans prendre autre chose que du café à l’eau.

H. de Balzac, Lettre à Mme Hanska

Saché, 13 juillet – 22 août 1836.

C’est un tissu de lignes, un tohu-bohu de renvois […]. C’est assez semblable au travail de l’araignée dont le tissu serait infiniment plus serré et dont chaque fil aboutirait mystérieusement à une idée ou complément d’idée »

Edmond Werdet, un de ses éditeurs,

Portrait intime de Balzac, E. Denti, 1859.

Balzac écrit, re-écrit, corrige, re-corrige. Sans fin. Lors de ses sessions d’écriture, il passe 10 à 20 heures à travailler par jour. Effréné ; bourreau de travail ; ouvrier de la littérature, comme il se présente, « et croyez à la vive amitié de votre camarade empêtré fort maladroitement dans son travail de labourage intellectuel. » écrit-il à LOUIS MARTEAU (8 décembre 1831), depuis Saché, lieu de villégiature laborieuse par excellence. .
Balzac a une façon bien à lui de travailler : 1/ Le manuscrit, rédigé à la plume d’oie. Petite écriture fine et serrée, pas franchement facile à lire – quelques ratures, une petite marge sur la gauche pour y parsemer des corrections, encore peu nombreuses en regard de ce qui va venir.

Manuscrits du Père Goriot, sur le site de l’Institut de France

Il envoie ce manuscrit à l’imprimeur qui met un typographe habitué à relire l’écrivain sur le coup.

(il se tire les cheveux, le typographe)

2/ Mise en forme puis mise sur la forme, grandes feuilles avec larges marges : une épreuve à corriger pour l’écrivain. Qui corrige, en effet, largement, dans les marges.

Pas un mot par-ci-par-là ou juste les fautes d’orthographe, non.

Ajouts de passages entiers, des suppressions aussi, parfois. Une véritable reprise du texte, entreprise de réécriture. 3/ Ce « tohu-bohu de renvois » repart chez l’imprimeur. Qui est chargé (typographie à l’ancienne, caractère par caractère) de remettre tout en ordre.

Epreuve corrigée de La Chine et les chinois, sur le Facebook du Musée Balzac

(il se tire les cheveux, une 2è fois)

4/ Il renvoie à Balzac, qui corrige, encore, renvoie à l’imprimeur, qui recompose, encore, renvoie à Balzac … et comme cela, il peut y avoir  jusqu’à une dizaine, voire une quinzaine, d’aller-retours entre Balzac et l’imprimeur, pour certaines parties de romans.

5/ Et le livre publié, que nenni, pas fini, Honoré l’obstiné corrige encore (et toujours) sur ses propres ouvrages, pour améliorer l’édition suivante.

Reproduction de l’édition Furne corrigé (annoté par Balzac)

Balzac et les personnages

Les personnages, outre le classement rigoureux des romans et la volonté d’être historien des mœurs de son temps,  sont des grands traits de la Comédie humaine d’Honoré de Balzac. Il en présente environ 2500 dans sa petite centaine de romans et nouvelles qui composent cette œuvre. Et il en fait revenir régulièrement un certain nombre, plus de 570 qui apparaissent et réapparaissent au gré des livres. Nous retrouvons ainsi de belles figures d’hommes de droit (Maître Derville dans Le Colonel Chabert, Gobseck…), de médecins (le plus célèbre est Bianchon dans Le Père Goriot et une vingtaine d’autres), d’homme d’Eglise (l’Abbé Birotteau dans Le Curé de Tours et Le Lys dans la vallée), d’hommes politiques ambitieux (Rastignac qui revient environ 25 fois), de banquier (de Nucingen est aussi un de ceux qui revient le plus souvent, autour d’une trentaine de fois). Balzac, dans son Avant-propos de 1842, dit en substance « comme Buffon classe les animaux, moi je vais classer le genre humain », et nous dresse donc un portrait ce genre humain par grands types. Balzac est un naturaliste de l’espèce humaine comme l’évoque l’illustration de Gustave Doré où on voit l’écrivain qui pique des être humains comme d’autres des papillons et qui les observe à la loupe. Balzac était, semble-t’il, doté de 2 qualités nécessaires à ses ambitions de romancier et d’historien : une grande mémoire et un sens aigu de l’observation. Il sait alors se mettre dans la peau de ses personnages, les hommes comme les femmes, les avoués comme les courtisanes.

Balzac et Louis-Philippe

Balzac écrit sa Comédie Humaine (ses romans presque complets, disons) en moins de 20 ans : entre 1829 et 1848). Louis-Philippe est Roi des Français entre 1830 et 1848, ce qui correspond presque absolument aux mêmes dates. On sait que Balzac veut être un historien des mœurs de son temps, il s’inspire donc beaucoup de cette monarchie (de Juillet) dans laquelle il vit. On retrouve, pour ne citer que les plus connus, des références à cela dans La Peau de chagrin (la crise qui a suivi l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe) et dans Le Père Goriot (l’émergence d’une bourgeoisie d’affaire favorisée par ce Roi qu’on dit Roi-bourgeois au dépend de la noblesse). Balzac, qui est un royaliste (un légitimiste même) affirmé n’aime pourtant pas Louis-Philippe qui ne semble pas être assez royaliste à son goût (puisqu’il se compromet avec la bourgeoisie). Au début des années 1830, comme l’art de la caricature se développe considérablement, Louis-Philippe est attaqué et représenté sous forme de poire (ici au centre de la lithographie) en référence à ses joues tombantes. En 1835, Louis Philippe interdit définitivement qu’on le représente ; les caricaturistes, plutôt que de risquer la prison, se tournent donc vers d’autres personnalités comme les écrivains… et donc Balzac.

  

Balzac et quelques lieux où

Quelques lieux ont compté pour Honoré de Balzac. Voici, histoire de mettre quelques images sur des topo-nymie.

Donc il y a la maison la plus connue, celle de la rue Basse à Passy (aujourd’hui rue Raynouard dans le 16e arrondissement de Paris), ses 2 portes pour échapper, dit-on, aux créanciers, sa Mme de Brugnol (gouvernante, prête-nom et amante perfide), ses mots de passe (3 couches à  dire à 3 employés différents, dixit T. Gautier).

En Touraine, le château de Saché comme lieu de repli pour trouver le calme et s’éloigner de l’agitation parisienne.

En Touraine encore, la chimère Montcontour pour y passer quelques mois chaque année avec Mme Hanska.

Si Montcontour reste à l’état de rêve, La Grenadière se situera entre le rêve (de l’acheter) et la réalité (puisque l’écrivain y passe quelques semaines en location avec Mme de Berny).

Frapesle aussi, chateau de l’amie fidèle Zulma Carraud à Issoudun, où Balzac écrit une partie du Lys dans la vallée et dont il réutilise le nom dans le même roman pour loger M. de Chessel et Félix de Vandenesse.

Et, sur la fin,

le château de Mme Hanska et ses quelques 20 000 ha de terres autour. Tout près de Kiev, en Pologne alors, en Ukraine aujourd’hui. Transformé en Lycée agricole apparemment, on y visite les quelques pièces de l’appartement de Balzac.

L’hôtel particulier de la rue Fortunée (rue qui deviendra dès les années 1850 la rue Balzac, l’hôtel est aujourd’hui détruit). Balzac l’achète en vue du mariage avec Mme Hanska, avec l’argent de Mme, aussi. C’est là qu’il est mort en août 1850. L’écrivain était très fier d’y avoir un accès direct à l’église accolée.

Balzac et Auguste Rodin

Il y a eu, plus ou moins rapidement après la mort de Balzac plusieurs projets de statue-hommage. Certaines ont eu des histoires et des fortunes tout à fait particulières. Celle de Fournier (datant de la fin du XIXè siècle) à Tours a été fondue par les Allemands durant la seconde guerre mondiale et transformée en munitions. Celle bien connue de Rodin (Balzac y est notamment représenté dans sa fameuse robe de bure) n’a pas eu non plus un parcours de création simple. A la toute fin du XIXè siècle, La Société des gens de Lettres, sous l’impulsion de Zola, veut rendre hommage à Balzac. Cette société finit par se tourner vers Rodin qui présente ses premières maquettes en 1892. Rodin vient en Touraine, s’installe près d’Azay-le-Rideau et cherche un modèle qui ressemblerait à l’écrivain. C’aurait été jouer de malheur que de ne pas rencontrer parmi tous ces hommes soumis aux mêmes influences de terroir et de ciel, quelque chose de la même corpulence, des mêmes plans de visage, du même rire des yeux, de la même lippe de la bouche écrit le sculpteur. Rodin rencontra un voiturier de Saché qui lui convint, le fit poser. Mais il n’était peut-être pas si judicieux que cela de venir chercher en Touraine un modèle, Honoré étant certes tourangeaux de naissance, mais son père venait du Tarn et sa mère du côté de Paris ; cela n’avait sûrement pas laissé assez de temps au déterminisme du terroir pour agir sur le physique de l’écrivain. Modèle trouvé donc, le processus de création qui a donné cette statue fut néanmoins long, il fallut attendre 1898 pour qu’elle soit présentée au Salon de la Société nationale des beaux-arts. Ce furent rires et moqueries qui accueillirent cette œuvre. Devant le tollé, la Société des gens de Lettre la refusa… et Rodin la conserva dans son atelier.

A voir sur ce thème :

• Cheverau S., Le Balzac de Rodin, catalogue de l’exposition, Conseil Général d’Indre-et-Loire,

Balzac et son père

Si Honoré de Balzac entretient des relations chaotiques avec sa mère, c’est à priori moins le cas avec son père. Mais il faut préciser qu’à l’époque les pères s’occupent relativement peu de leurs enfants, souvent absorbés par leur carrière. C’est le cas pour Bernard-François de Balzac (1746-1829), fils d’une vieille famille de paysans du Tarn, et qui connaît une importante ascension sociale (qui le mènera à la Mairie de Tours où il adjoint de 1803 à 1808 et à Paris dans les subsistances militaires). Dans les années 1770, il change son nom  de Balssa en un Balzac plus élégant, puis en 1802 il s’arroge la particule (Honoré attendra presque 30 ans pour utiliser cette particule). Il épouse celle qui deviendra la mère du futur écrivain en 1797, il a alors 51 ans et elle 19 (un mariage de convenance duquel naîtront 4 enfants en comptant Henry l’adultérin). Il a un certain goût pour la littérature (Rabelais, Montaigne) et même pour l’écriture, mais l’écriture de ‘mémoires’ sur par exemple les obligations à remplir par les Français ou encore le scandaleux désordre causé par les jeunes filles trompées et abandonnées dans un absolu dénuement. Si Honoré écrit en 1836 que sans la Révolution, il aurait fait une haute fortune sous la vieille monarchie, qu’il a vu crouler. [qu]’il a modestement achevé une vie commencée avec quelques espérances, c’est que, brisé par la Révolution, il s’est trouvé loin des affaires […], cet homme sait néanmoins s’adapter aux différents régimes. Visionnaire (?), il propose en 1809 d’élever entre le Louvre et les Tuileries une pyramide à la gloire de Napoléon.  Avec la Restauration, il sait retourner sa veste pour proposer une statue équestre à la mémoire de Henri IV.

Balzac et la caricature

50546_120374021650547_1075830755A la fin du XVIII, une nouvelle presse est inventée, la presse lithographique. Cette presse permet de faire des illustrations plus rapidement qu’avec les bois gravés. Les journaux satiriques vont notamment profiter de cette innovation proposant ainsi pléthore de caricatures. Honoré de Balzac est alors régulièrement la cible de ces caricaturistes ; il faut dire que son physique et son caractère sulfureux en font un bon sujet. Il faut dire aussi qu’il ne fait rien pour fuir la publicité. Il est souvent attaqué pour son physique ingrat et son hygiène de vie approximative. Pour se moquer de lui on le représente sans cou : on passe directement du corps à la tête. Il est aussi attaqué pour son côté mondain. Bling bling avant l’heure, on dit qu’il avait des boutons en or à sa redingote. Une canne avec un pommeau d’or et incrusté de turquoises fait beaucoup parler de lui, « Vous ne sauriez imaginer quel succès a eu ce bijou qui menace d’être européen. Borget qui est revenu d’Italie et qui ne disait pas être mon ami, me contait en riant qu’il en avait entendu parler à Naples et à Rome. Tout le dandysme de Paris en a été jaloux, et les petits journaux en ont été défrayés pendant 6 mois. » dit fièrement l’écrivain. Cette canne est sur-dimensionnée dans certaines caricatures, il est même résumé à sa canne sur l’une d’entre elles, une canne et un ventre, toujours…. Autre attribut le caractérisant, et que l’on retrouve dans les caricatures, sa robe de bure qu’il affectionnait pour ses longues journées de travail et qui est beaucoup plus confortable que la redingote qui le serrait.

Balzac et l’Académie Française

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En 1839 et 1844 paraissent ces deux Caricatures. Intitulées Grande course au clocher académique, elles représentent un certain nombre d’écrivains de ces années-là se présentant devant la porte (close) de l’Académie Française. Sur la première image, on reconnait de droite à gauche Honoré de Balzac (avec cette fameuse canne à pommeau d’or et incrustée de turquoises qui fit tant parler de lui) soutenu par des femmes de quarante ans (en référence à son roman La femme de trente ans, sur la seconde image, la légende est légèrement modifiée : les femmes-cariatides avaient « trente ans il y a dix ans« ).

Puis Alexandre Dumas (père), entouré de chimères, qui commence à repartir comme s’il avait déjà compris qu’il n’entrerait jamais dans cette Académie. Puis Victor Hugo, en bonne place avec Notre-Dame de Paris sur la tête, puis  Alfred de Vigny, impatient, devant la porte.

Sur la seconde image , Victor Hugo est effacé (puisqu’élu en 1841 à l’Académie) et remplacé par Eugène Sue. Mais on retrouve Dumas, Balzac et de Vigny (toujours impatient, il regarde par la serrure). Comme Victor Hugo, A. de Vigny entrera (en 1846), mais pas assez vite à son goût sûrement, et fera un petit scandale avec son discours d’entrée.

A l’inverse, ni Dumas, ni Sue, ni Balzac n’entreront à l’Académie qui à l’époque privilégie les poètes et les tragédiens au dépend des romanciers par encore pris au sérieux.

A noter aussi que Balzac s’éfface 2 fois, au profit de Victor Hugo et d’Alfred de Vigny. Un peu plus tard, en 1849, Balzac se présente encore mais n’obtient que 2 voix (dont celle de Victor Hugo), ce qui est bien sûr plus qu’insuffisant pour entrer dans cette Académie qu’il convoitait pourtant depuis le milieu des années 1830.

Balzac et Daumier

12060877_Honore De Balzac with a Cane  Probably Drawn for the BookHonoré de Balzac et Honoré Daumier sont (à 10 ans près : le premier naît en 1799, le second en 1808) de la même génération. Ils se sont rencontrés vers 1830 en collaborant aux mêmes journaux-artistes (La Silhouette par exemple). S’ils ne sont pas du même bord politique (Balzac est légitimiste, Daumier républicain) et qu’ils ne développent pas particulièrement de grande amitié, ils s’apprécient réciproquement. Balzac sollicitera Daumier pour un petit livre la Physiologie du rentier et pour quelques bois gravés insérés dans la Comédie Humaine publiée en 17 volumes par Furne dans les années 1840, parmi lesquels un célèbre Père Goriot aphasique. Honoré Daumier est présumé être l’auteur de l’illustration ci-contre qui représenterait Balzac armé de sa légendaire canne.

A voir sur ce thème :

Balzac-Daumier, comédies humaines, catalogue de l’exposition, Conseil Général d’Indre-et-Loire, 2008

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