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BALZAC

(par de petites portes)

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jeunesse

Balzac et Félix de Vandenesse (le roman et la réalité)

Quel poète nous dira les douleurs de l’enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d’un oeil sévère ? La fiction qui représenterait ces pauvres coeurs opprimés par les êtres placés autour d’eux pour favoriser les développements de leur sensibilité, serait la véritable histoire de ma jeunesse. Quelle vanité pouvais-je blesser, moi nouveau-né ? quelle disgrâce physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais-je donc l’enfant du devoir, celui dont la naissance est fortuite, ou celui dont la vie est un reproche ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens.

Le Lys dans la vallée

Ce n’est pas systématique, mais Balzac met régulièrement sa vie en œuvre dans ses romans. Parfois même par pans entiers (cf Louis Lambert).  Félix de Vandenesse, le héros du Lys dans la vallée, ressemble par bien des points à Balzac : il est enlevé du collège parce qu’il est malade (comme Balzac est enlevé du collège de Vendôme avant la fin de sa scolarité parce qu’il est aussi malade), il a une mère froide avec lui, il ne connaît que peu son frère (à la différence que dans Le Lys le Frère est plus âgé, dans la réalité Henry est plus jeune) et il est envoyé en nourrice pendant plusieurs années par une mère peu maternelle. Plus encore, dans ce Lys, Balzac met en scène ses amours avec Mme de Berny, une femme beaucoup plus âgée que lui, déjà mariée, qui a des enfants… tout cela comme Mme de Morsauf dans le roman. Quant aux lieux de l’histoire, ils sont aussi inspirés de châteaux que fréquente Balzac : Clochegourde est une combinaison de Vonne et de la Chevrière, Frapesle (dont le nom est celui d’un château d’une amie de l’écrivain) est Valesne ; et la chambre où vient se reposer Félix à la fin du roman n’est autre que celle que Balzac utilise au Château de Saché.

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Balzac et sa mère

L’éloignement ne permet donc pas aux parents d’y venir souvent voir leurs enfants. La règle interdisait d’ailleurs les vacances externes. Une fois entrés, les élèves ne sortaient du collège qu’à la fin de leurs études. […] Je demeurai là huit ans, sans voir personne, et menant une vie de paria.

Honoré DE BALZAC dans Louis Lambert

Quelle vanité pouvais-je blesser, moi nouveau-né ? quelle disgrace physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais-je donc l’enfant du devoir, celui dont la naissance est fortuite, ou celui dont la vie est un reproche ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens.

Honoré DE BALZAC dans Le Lys dans la vallée

On dit que Mme de Balzac n’a jamais vraiment montré d’affection envers son fils Honoré. Elle  est à peine âgée d’une vingtaine d’années lorsqu’elle a ce premier fils ; elle l’envoie en nourrice pendant plusieurs années, puis en pension durant 6 ans au collège de Vendôme où le jeune Balzac dit qu’il ne voit sa mère que 2 fois durant cette période. Si c’est une chose courante d’être mis en nourrice et en pension à l’époque, Honoré Balzac vit mal cet éloignement/abandon maternel. De cette jeunesse malheureuse reste (dans la correspondance notamment) une certaine amertume envers cette mère à qui il reproche de ne jamais l’avoir aimé (mais en même temps il la remercie cyniquement car, grâce à cela il ne deviendra pas un bon à rien comme son frère Henry, lui choyé par Mme de Balzac). On retrouve tout cela dans certaines oeuvres de l’écrivain comme dans Louis Lambert qui raconte grosso-modo sa jeunesse au collège de Vendôme (c’est l’histoire d’un jeune homme qui est malheureux au collège de Vendôme…) ; et dans Le Lys dans la vallée où Félix de Vandenesse, qui ressemble étrangement à Balzac, se retrouve au début du roman face à sa mère, froide, et s’interroge sur sa mise en nourrice.

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