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BALZAC

(par de petites portes)

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Les Paysans

Brève correspondance avec David Marsac, éditeur de BALZAC REVIENT de Kol Osher, paru aux Éditions Les doigts dans la prose, 2010.

— Mesdames et messieurs, fermez les yeux un court instant. Imaginez ce bureau d’écrivain. L’été se heurte aux murs épais du château de Monsieur de Margonne. Balzac s’endort à sa table de travail, le vin d’Anjou, le Nil en cru, Moïse flottant dans son panier d’osier. Sa plume est au repos, mâchouillée, tachée d’encre. Son esprit plane dans la touffeur du soir. (« Qu’est-ce qui faut pas entendre. ») Il pense aux personnages accumulés en tas dans les coulisses de ses romans, assoiffés, racornis, exsangues, au bord de l’évanouissement. Comment trier ? S’y reconnaître ? Qui faire entrer ? Sera-t-elle blonde ou rousse l’élue du jour ? Rien n’est gagné d’avance. Quatre mille personnages, ça fait du monde dans les couloirs… La visite maintenant se termine, ce bureau d’écrivain, un homme original immense, poli par les grasses mains du temps, qui l’étreignent, vous l’empoignent, tenez-le bien qu’il ne s’échappe, toussote-t-elle, index entre les dents…
Chapitre 2, p.28-29

 

12 décembre 2010

Cher David,

Oui, je connais ce livre que vous avez publié ; je l’ai lu il y a quelques temps déjà. Je pourrais presque dire dévoré, ce qui est de bon augure, ne dévorant pas grand chose en ce moment.
Je ne suis pas forcément un bon critique littéraire c’est pourquoi je vais être assez succinct. Deux choses m’ont gênées : certains passages un peu gratuitement familiers et ce qui me semble être des approximations sur Balzac (les inventions et digressions par rapport à sa vie et son œuvre ne m’ont pas gêné par contre).
Et aussi une certaine vision de la visite guidée un peu datée. On ne les fait plus comme cela depuis quelques années.

Tout ça pour dire que c’est un très beau livre (objet et texte), l’idée est originale et j’aime beaucoup le style. Je comptais éventuellement faire un jour un petit billet où j’aurais dit tout cela.

Bien cordialement,

N. G.
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13 décembre 2010

Quelle bonne surprise, cher Nathanaël,

Je vous remercie de vos remarques sur notre deuxième livre, et de votre appréciation.

Ce livre est un hommage à Balzac et à une forme de culture commune, façon jeu des Mille francs, à l’époque où la France entière se tenait derrière Lucien Jeunesse, un peu avant midi. Et la visite du Musée, elle aussi désuète dans le livre, appartient à ce registre et n’entend pas dire la réalité du musée, plutôt signaler la nostalgie d’un âge passé.

Merci de votre courriel et de votre lecture.

David Marsac
————– Lire la suite

Balzac et George Sand (et la lutte des classes)

On a fait de la poésie avec les criminels, on s’est apitoyé sur les bourreaux, on a presque déifié le Prolétaire !… Des sectes se sont émues et crient par toutes leurs plumes : Levez-vous, travailleurs ! comme on a dit au Tiers-Etat : Lève-toi ! On voit bien qu’aucun de ces Erostrates n’a eu le courage d’aller au fond des campagnes étudier la conspiration permanente de ceux que nous appelons encore les faibles contre ceux qui se croient les forts, du paysan contre le riche ?

Balzac dans Les Paysans

George Sand et Honoré de Balzac ont tous les deux la volonté de se tourner vers une classe sociale qui n’est pas (tout à fait) la leur : elle, aristocrate  devenue républicaine se tourne vers le peuple (« je ne puis rêver pour mes vieux jours qu’une chaumière un peu confortable dans la Vallée Noire » écrit-elle dans Les Visions de la Nuit dans la Campagne. (1854) ; lui, petit-fils de paysans, royaliste et fasciné par la noblesse achètera (avec l’argent de Mme Hanska) un magnifique hôtel particulier en plein Paris.

Il y a une préoccupation sociale chez George Sand quand elle évoque les paysans ou les ouvriers, quand elle se défie du progrès mal maîtrisé. Il y a aussi une dimension sociale (certes loin du réalisme/naturalisme de l’héritier-admirateur Zola) chez Balzac, mais de la haute société (très peu d’histoires de Balzac se déroulent dans les « basses » classes sociales, hormis peut-être Les Paysans). Tout cela diverge d’avec Théophile Gautier (qui écrira les quelques poèmes d’Illusions perdues pour Balzac ; et qui dira qu’il s’est ennuyé comme dans un couvent de frères moraves lorsqu’il est allé à Nohant. Gustave Flaubert, le solitaire, ne tiendra que 4 jours aux blagues de potaches des invités de G. Sand) qui faisait de la littérature de l’art pour l’art.

Balzac et les livres non terminés (par Balzac)

Les Paysans doivent être et seront un chef d’œuvre.

Lettre à Mme Hanska (1844)

La Comédie humaine est avant tout une œuvre inachevée. Honoré de Balzac a écrit 91 textes (romans ou nouvelles) pour cette grande œuvre, mais il en prévoyait 137. Donc une grosse quarantaine manquent. Cependant Balzac a laissé les titres des différents textes de cette part manquante dans son classement final de La Comédie humaine, ce qui nous permet d’avoir une idée de l’ensemble que l’auteur voulait proposer. On a pour un certain nombre de ces textes quelques notes ou des ébauches plus ou moins avancées. Il y a aussi 3 livres classés comme s’ils étaient finis ; Le Député d’Arcis, Les Petits bourgeois et Les Paysans ; or ce n’est pas Honoré de Balzac qui les a terminé. Pour le premier et le deuxième, Mme de Balzac(-Hanska) demande à Charles Rabou de les achever à partir de notes et de fragments laissés par Balzac, ces romans paraîtront en 1854. pour le troisième, qui devait donc être un chef-d’œuvre mais qui restera finalement un document d’histoire sur ce monde des paysans (l’histoire serait inspirée des relations entre Paul-Louis Courier et ses paysans), monde peu abordé par l’écrivain ; c’est Mme de Balzac(-Hanska) qui le terminera et le publiera en 1855.

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