Recherche

BALZAC

(par de petites portes)

Tag

Saché

Balzac et Auguste Rodin

Il y a eu, plus ou moins rapidement après la mort de Balzac plusieurs projets de statue-hommage. Certaines ont eu des histoires et des fortunes tout à fait particulières. Celle de Fournier (datant de la fin du XIXè siècle) à Tours a été fondue par les Allemands durant la seconde guerre mondiale et transformée en munitions. Celle bien connue de Rodin (Balzac y est notamment représenté dans sa fameuse robe de bure) n’a pas eu non plus un parcours de création simple. A la toute fin du XIXè siècle, La Société des gens de Lettres, sous l’impulsion de Zola, veut rendre hommage à Balzac. Cette société finit par se tourner vers Rodin qui présente ses premières maquettes en 1892. Rodin vient en Touraine, s’installe près d’Azay-le-Rideau et cherche un modèle qui ressemblerait à l’écrivain. C’aurait été jouer de malheur que de ne pas rencontrer parmi tous ces hommes soumis aux mêmes influences de terroir et de ciel, quelque chose de la même corpulence, des mêmes plans de visage, du même rire des yeux, de la même lippe de la bouche écrit le sculpteur. Rodin rencontra un voiturier de Saché qui lui convint, le fit poser. Mais il n’était peut-être pas si judicieux que cela de venir chercher en Touraine un modèle, Honoré étant certes tourangeaux de naissance, mais son père venait du Tarn et sa mère du côté de Paris ; cela n’avait sûrement pas laissé assez de temps au déterminisme du terroir pour agir sur le physique de l’écrivain. Modèle trouvé donc, le processus de création qui a donné cette statue fut néanmoins long, il fallut attendre 1898 pour qu’elle soit présentée au Salon de la Société nationale des beaux-arts. Ce furent rires et moqueries qui accueillirent cette œuvre. Devant le tollé, la Société des gens de Lettre la refusa… et Rodin la conserva dans son atelier.

A voir sur ce thème :

• Cheverau S., Le Balzac de Rodin, catalogue de l’exposition, Conseil Général d’Indre-et-Loire,

Publicités

Balzac et la réalité arrangée

[…] ma chambre que les curieux viennent déjà voir ici par curiosité donne sur des bois deux ou trois fois centenaires, et j’embrasse la vue de l’Indre et le petit château que j’ai appelé Clochegourde. Le silence est merveilleux. […]  Je quitte toujours à regret ce vallon solitaire.

l. à Mme Hanska

En comparant la vidéo de la vue par la fenêtre de sa petite chambre de Saché avec la lettre qu’il écrit à Mme Hanska, on peut voir que Balzac prend ses aises avec la réalité. Il y a des choses vraies (qu’on retrouvera écrites de la même façon à la fin du Lys  dans la vallée (les arbres centenaires, le vallon solitaire) ; mais point de château ni de vallée de l’Indre, qui se trouvent à 90° sur la gauche par rapport à cette vue. Balzac écrit là à Mme Hanska qui ne viendra jamais vérifier ce qu’il voit par sa fenêtre…

Balzac et le café (l’inspiration)

Dès lors, tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent ; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille par sa poudre noire. J’ai conseillé ce breuvage ainsi pris à un de mes amis qui voulait absolument faire un travail promis pour le lendemain : il s’est cru empoisonné, il s’est recouché, il a gardé le lit comme une mariée. Il était grand, blond, cheveux rares ; un estomac de papier mâché, mince. Il y avait de ma part manque d’observation.

Traité des excitants modernes

Honoré de Balzac est bien connu pour sa consommation de café. On ne peut pas évaluer la quantité qu’il buvait, mais cela doit avoisiner le « énormément ». Pour l’écrivain, l’inspiration est liée à la qualité du café comme l’évoque la citation ci-dessus ou encore cet extrait de lettre (il écrit alors de Saché où le café ne semble pas terrible) : « Les jours ne sont pas assez longs pour moi. Je travaille dès 5 heures jusqu’au dîner. Je prends à 7 heures un œuf et une demi – tasse de café, mais Ô Lobligeois, !… Où es-tu ? Je n’ai pas de grandes inspirations avec ce café ». Un bon café serait donc générateur d’inspiration. Balzac met aussi le café dans son Traité des excitants modernes, petit livre assez fantaisiste où il dit qu’il faut mieux être petit brun et costaud pour boire du café, plutôt que grand blond et maigre, puisqu’alors on risque d’être malade. Néanmoins, dans l’extrait présenté ici, Balzac montre qu’il a bien compris que le café permet de rester éveillé plus longtemps. Il va alors user et abuser de cette boisson d’autant plus indigeste pour sa santé qu’il dit la boire comme ceci : « Il s’agit de l’emploi du café moulu, foulé, froid et anhydre (mot chimique qui signifie peu d’eau ou sans eau) pris à jeun. Ce café tombe dans votre estomac, qui, vous le savez par Brillat-Savarin, est un sac velouté à l’intérieur et tapissé de suçoirs et de papilles ; il n’y trouve rien, il s’attaque à cette délicate et voluptueuse doublure » (Traité des excitants modernes).

Balzac et Félix de Vandenesse (le roman et la réalité)

Quel poète nous dira les douleurs de l’enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d’un oeil sévère ? La fiction qui représenterait ces pauvres coeurs opprimés par les êtres placés autour d’eux pour favoriser les développements de leur sensibilité, serait la véritable histoire de ma jeunesse. Quelle vanité pouvais-je blesser, moi nouveau-né ? quelle disgrâce physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais-je donc l’enfant du devoir, celui dont la naissance est fortuite, ou celui dont la vie est un reproche ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens.

Le Lys dans la vallée

Ce n’est pas systématique, mais Balzac met régulièrement sa vie en œuvre dans ses romans. Parfois même par pans entiers (cf Louis Lambert).  Félix de Vandenesse, le héros du Lys dans la vallée, ressemble par bien des points à Balzac : il est enlevé du collège parce qu’il est malade (comme Balzac est enlevé du collège de Vendôme avant la fin de sa scolarité parce qu’il est aussi malade), il a une mère froide avec lui, il ne connaît que peu son frère (à la différence que dans Le Lys le Frère est plus âgé, dans la réalité Henry est plus jeune) et il est envoyé en nourrice pendant plusieurs années par une mère peu maternelle. Plus encore, dans ce Lys, Balzac met en scène ses amours avec Mme de Berny, une femme beaucoup plus âgée que lui, déjà mariée, qui a des enfants… tout cela comme Mme de Morsauf dans le roman. Quant aux lieux de l’histoire, ils sont aussi inspirés de châteaux que fréquente Balzac : Clochegourde est une combinaison de Vonne et de la Chevrière, Frapesle (dont le nom est celui d’un château d’une amie de l’écrivain) est Valesne ; et la chambre où vient se reposer Félix à la fin du roman n’est autre que celle que Balzac utilise au Château de Saché.

Balzac et M. et Mme de Margonne

Saché est un débris de château sur l’Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine. Le propriétaire, homme de 55 ans, m’a fait jadis sauter sur ses genoux, il a une femme intolérante et dévote, bossue, peu spirituelle, je vais là pour lui, puis j’y suis libre, l’on m’accepte dans le pays comme un enfant, je n’y ai aucune valeur, et je suis heureux d’être là comme un moine dans un monastère.

Lettre à Mme Hanska, mars 1833

M. de Margonne a acheté une maison peinte comme un joujou d’Allemagne et il y a placé dernièrement la petite  magotte  de la Chine que l’on a l’habitude de nommer sa femme.

Lettre à Laure de Surville, 1822

Balzac va se rendre une dizaine de fois à Saché, en Touraine, chez Monsieur de Margonne. Cet homme est un ami (proche  :)) de la famille Balzac (tellement proche qu’il est plus que soupçonné d’être le père d’Henry, le petit (demi-)frère d’Honoré). Dans l’ensemble, Balzac semble apprécier M. de Margonne qui le laisse écrire tranquillement toute la journée dans sa petite chambre. Dans l’ensemble, Balzac semble beaucoup moins apprécier sa femme pour laquelle il aura plusieurs fois des descriptions disons imagées : pour l’écrivain elle est donc bossue, dévote, peu spirituelle, mais il la compare aussi à une magotte de Chine car elle aurait le teint jaune : « et la jaune Mme Margonne est logée rue Verte !… » (1822). Balzac, dans ses lettres comme dans ses romans, sait être sans concession…

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :