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BALZAC

(par de petites portes)

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Honoré de Balzac

Balzac et les livres non terminés (par Balzac)

Les Paysans doivent être et seront un chef d’œuvre.

Lettre à Mme Hanska (1844)

La Comédie humaine est avant tout une œuvre inachevée. Honoré de Balzac a écrit 91 textes (romans ou nouvelles) pour cette grande œuvre, mais il en prévoyait 137. Donc une grosse quarantaine manquent. Cependant Balzac a laissé les titres des différents textes de cette part manquante dans son classement final de La Comédie humaine, ce qui nous permet d’avoir une idée de l’ensemble que l’auteur voulait proposer. On a pour un certain nombre de ces textes quelques notes ou des ébauches plus ou moins avancées. Il y a aussi 3 livres classés comme s’ils étaient finis ; Le Député d’Arcis, Les Petits bourgeois et Les Paysans ; or ce n’est pas Honoré de Balzac qui les a terminé. Pour le premier et le deuxième, Mme de Balzac(-Hanska) demande à Charles Rabou de les achever à partir de notes et de fragments laissés par Balzac, ces romans paraîtront en 1854. pour le troisième, qui devait donc être un chef-d’œuvre mais qui restera finalement un document d’histoire sur ce monde des paysans (l’histoire serait inspirée des relations entre Paul-Louis Courier et ses paysans), monde peu abordé par l’écrivain ; c’est Mme de Balzac(-Hanska) qui le terminera et le publiera en 1855.

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Balzac et l’auto-plagiat

A sa droite, le voyageur embrasse d’un regard toutes les sinuosités de la Cise, qui se roule, comme un serpent argenté, dans l’herbe des prairies auxquelles les premières pousses du printemps donnaient alors les couleurs de l’émeraude. […] Le voyageur aperçoit devant lui […] une chaîne de rochers qui, par une fantaisie de la nature, paraît avoir été posée pour encaisser le fleuve dont les flots minent incessamment la pierre, spectacle qui fait toujours l’étonnement du voyageur.

La Femme de trente ans (commencé vers 1830)

Ce chemin, qui débouche sur la route de Chinon, bien au delà de Ballan, longe une plaine ondulée sans accidents remarquables, jusqu’au petit pays d’Artanne. Là se découvre une vallée qui commence à Montbazon, finit à la Loire, et semble bondir sous les châteaux posés sur ces doubles collines ; une magnifique coupe d’émeraude au fond de laquelle l’Indre se roule par des mouvements de serpent. A cet aspect, je fus saisi d’un étonnement voluptueux que l’ennui des landes ou la fatigue du chemin avait préparé.

Le Lys dans la vallée (1836)

Balzac est un des plus grands écrivains français, c’est un fait. Mais cela n’empêche pas qu’on retrouve certaines faiblesses dans cette œuvre complexe qu’est La Comédie humaine. Balzac est parfois dépassé par sa création, se trompant dans le retour de certains personnages ou collant sous un même titre plusieurs textes assez différents qui ne forment au final qu’un ensemble assez hétéroclite et peu gracieux (cette fameuse Femme de trente ans regroupe par exemple 6 nouvelles lissées). Aussi, Balzac n’hésite pas à se plagier comme dans les extraits présentés ci-avant. Certes les deux passages se passent en Touraine, donc on pourra dire que c’est une caractéristique des paysages de par ici, mais tout de même il y a beaucoup de ressemblances, les rivières  se roulent comme des serpents, dans un environnement couleur d’émeraude, et les 2 fois le voyageur subit l’étonnement…

Balzac et La Peau de chagrin

Rien n’était plus horrible que cette mansarde aux murs jaunes et sales, qui sentait la misère et appelait son savant. La toiture s’y abaissait régulièrement et les tuiles disjointes laissaient voir le ciel. Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises, et sous l’angle aigu du toit je pouvais loger mon piano.

La Peau de Chagrin

En 1831, au moment où paraît cette Peau de chagrin, Balzac commence à peine à être connu dans les salons parisiens grâce au scandale de son livre précédent La Physiologie du mariage et à quelques nouvelles. Si le livre a une dimension fantastique -le fantastique est à la mode, La Peau de chagrin y est aussi, c’est le livre que tout le monde doit alors avoir lu- il est néanmoins ancré dans une certaine réalité. On retrouve la société de 1830 et des lendemains de la Révolution de Juillet qui a amené Louis-Philippe au pouvoir, le livre est parsemé d’allusions au triomphe de la bourgeoisie. On retrouve des personnes dans les personnages, Victor Hugo (dans Nathan), Lamartine (dans Canalis). On retrouve aussi des éléments de la vie de Balzac (même s’il ne faut pas y chercher une dimension autobiographique comme dans Le Lys dans la vallée) : par exemple la mansarde de Raphaël de Valentin ressemble étrangement à celle de Balzac rue Lesdiguière, près de la Bastille ; par exemple Raphaël écrit un traité de la volonté comme Balzac à ses débuts (cf aussi Louis Lambert). La Peau de chagrin sera donc le premier grand succès de Balzac (il est tiré à 4000 exemplaires, ce qui est considérable pour l’époque). Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Balzac rédige lui-même le compte rendu de son livre dans le journal La Caricature sous le pseudonyme du Comte Alexandre B.

 

Honoré de Balzac et la politique

Mon nom est sur les listes de Paris pour la députation, […] J’espère ne pas être élu.

L. Mme Hanska 17 mars 1848


Votre Mougick n’aura pas eu plus d’une vingtaine de voix, ainsi cela vous donne la mesure de la sagesse des électeurs

L. Mme Hanska 29 avril 1848

Honoré de Balzac a plusieurs fois des lubies politiques. Il songe se présenter en 1832 à Chinon sous une étiquette légitimiste (les légitimistes ignorent alors le régime royaliste-bourgeois de Louis Philippe), mais avec la loi du cens, cela ne marche pas ; et puis c’est peut-être mieux ainsi car peut-être est-il en train de se faire manipuler. En 1848, il peut cette fois-ci se présenter aux législatives à Paris. Il est alors très connu comme écrivain, mais, comme les mines d’argent en Sardaigne, comme la plantation d’ananas en région parisienne, comme les journaux dont il est propriétaire, comme l’édition ou encore l’imprimerie, comme tout ce qu’il entreprend et qui n’est pas écrire, Balzac se fourvoie, n’obtient qu’un nombre ridicule de voix, et même s’il n’espérait pas être élu, cela doit quand même blesser une ambition bien affirmé comme la sienne.

Prénoms trouvés dans la Comédie humaine

Liste de quelques prénoms tirés de la Comédie Humaine, personnages plus ou moins connus !

Masculins : Félix, Facino, Hyacinthe (Chabert), Andoche, Anselme, Gustave, Philéas, Octave, Balthazar, Wenceslas, César, Godefroid…

Féminins : Céléstine, Honorine, Félicie, Adolphine, Maximilienne, Armande, Marie-Théodose, Séraphine, Bathilde, Hortense, Gertrude, Zéphirine, Josepha, Eugénie, Maria Juana Pepita, Foédora, Euphrasie…

Balzac et le café (l’inspiration)

Dès lors, tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent ; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille par sa poudre noire. J’ai conseillé ce breuvage ainsi pris à un de mes amis qui voulait absolument faire un travail promis pour le lendemain : il s’est cru empoisonné, il s’est recouché, il a gardé le lit comme une mariée. Il était grand, blond, cheveux rares ; un estomac de papier mâché, mince. Il y avait de ma part manque d’observation.

Traité des excitants modernes

Honoré de Balzac est bien connu pour sa consommation de café. On ne peut pas évaluer la quantité qu’il buvait, mais cela doit avoisiner le « énormément ». Pour l’écrivain, l’inspiration est liée à la qualité du café comme l’évoque la citation ci-dessus ou encore cet extrait de lettre (il écrit alors de Saché où le café ne semble pas terrible) : « Les jours ne sont pas assez longs pour moi. Je travaille dès 5 heures jusqu’au dîner. Je prends à 7 heures un œuf et une demi – tasse de café, mais Ô Lobligeois, !… Où es-tu ? Je n’ai pas de grandes inspirations avec ce café ». Un bon café serait donc générateur d’inspiration. Balzac met aussi le café dans son Traité des excitants modernes, petit livre assez fantaisiste où il dit qu’il faut mieux être petit brun et costaud pour boire du café, plutôt que grand blond et maigre, puisqu’alors on risque d’être malade. Néanmoins, dans l’extrait présenté ici, Balzac montre qu’il a bien compris que le café permet de rester éveillé plus longtemps. Il va alors user et abuser de cette boisson d’autant plus indigeste pour sa santé qu’il dit la boire comme ceci : « Il s’agit de l’emploi du café moulu, foulé, froid et anhydre (mot chimique qui signifie peu d’eau ou sans eau) pris à jeun. Ce café tombe dans votre estomac, qui, vous le savez par Brillat-Savarin, est un sac velouté à l’intérieur et tapissé de suçoirs et de papilles ; il n’y trouve rien, il s’attaque à cette délicate et voluptueuse doublure » (Traité des excitants modernes).

Balzac et la caricature

50546_120374021650547_1075830755A la fin du XVIII, une nouvelle presse est inventée, la presse lithographique. Cette presse permet de faire des illustrations plus rapidement qu’avec les bois gravés. Les journaux satiriques vont notamment profiter de cette innovation proposant ainsi pléthore de caricatures. Honoré de Balzac est alors régulièrement la cible de ces caricaturistes ; il faut dire que son physique et son caractère sulfureux en font un bon sujet. Il faut dire aussi qu’il ne fait rien pour fuir la publicité. Il est souvent attaqué pour son physique ingrat et son hygiène de vie approximative. Pour se moquer de lui on le représente sans cou : on passe directement du corps à la tête. Il est aussi attaqué pour son côté mondain. Bling bling avant l’heure, on dit qu’il avait des boutons en or à sa redingote. Une canne avec un pommeau d’or et incrusté de turquoises fait beaucoup parler de lui, « Vous ne sauriez imaginer quel succès a eu ce bijou qui menace d’être européen. Borget qui est revenu d’Italie et qui ne disait pas être mon ami, me contait en riant qu’il en avait entendu parler à Naples et à Rome. Tout le dandysme de Paris en a été jaloux, et les petits journaux en ont été défrayés pendant 6 mois. » dit fièrement l’écrivain. Cette canne est sur-dimensionnée dans certaines caricatures, il est même résumé à sa canne sur l’une d’entre elles, une canne et un ventre, toujours…. Autre attribut le caractérisant, et que l’on retrouve dans les caricatures, sa robe de bure qu’il affectionnait pour ses longues journées de travail et qui est beaucoup plus confortable que la redingote qui le serrait.

Balzac et Félix de Vandenesse (le roman et la réalité)

Quel poète nous dira les douleurs de l’enfant dont les lèvres sucent un sein amer, et dont les sourires sont réprimés par le feu dévorant d’un oeil sévère ? La fiction qui représenterait ces pauvres coeurs opprimés par les êtres placés autour d’eux pour favoriser les développements de leur sensibilité, serait la véritable histoire de ma jeunesse. Quelle vanité pouvais-je blesser, moi nouveau-né ? quelle disgrâce physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais-je donc l’enfant du devoir, celui dont la naissance est fortuite, ou celui dont la vie est un reproche ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens.

Le Lys dans la vallée

Ce n’est pas systématique, mais Balzac met régulièrement sa vie en œuvre dans ses romans. Parfois même par pans entiers (cf Louis Lambert).  Félix de Vandenesse, le héros du Lys dans la vallée, ressemble par bien des points à Balzac : il est enlevé du collège parce qu’il est malade (comme Balzac est enlevé du collège de Vendôme avant la fin de sa scolarité parce qu’il est aussi malade), il a une mère froide avec lui, il ne connaît que peu son frère (à la différence que dans Le Lys le Frère est plus âgé, dans la réalité Henry est plus jeune) et il est envoyé en nourrice pendant plusieurs années par une mère peu maternelle. Plus encore, dans ce Lys, Balzac met en scène ses amours avec Mme de Berny, une femme beaucoup plus âgée que lui, déjà mariée, qui a des enfants… tout cela comme Mme de Morsauf dans le roman. Quant aux lieux de l’histoire, ils sont aussi inspirés de châteaux que fréquente Balzac : Clochegourde est une combinaison de Vonne et de la Chevrière, Frapesle (dont le nom est celui d’un château d’une amie de l’écrivain) est Valesne ; et la chambre où vient se reposer Félix à la fin du roman n’est autre que celle que Balzac utilise au Château de Saché.

Balzac et M. et Mme de Margonne

Saché est un débris de château sur l’Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine. Le propriétaire, homme de 55 ans, m’a fait jadis sauter sur ses genoux, il a une femme intolérante et dévote, bossue, peu spirituelle, je vais là pour lui, puis j’y suis libre, l’on m’accepte dans le pays comme un enfant, je n’y ai aucune valeur, et je suis heureux d’être là comme un moine dans un monastère.

Lettre à Mme Hanska, mars 1833

M. de Margonne a acheté une maison peinte comme un joujou d’Allemagne et il y a placé dernièrement la petite  magotte  de la Chine que l’on a l’habitude de nommer sa femme.

Lettre à Laure de Surville, 1822

Balzac va se rendre une dizaine de fois à Saché, en Touraine, chez Monsieur de Margonne. Cet homme est un ami (proche  :)) de la famille Balzac (tellement proche qu’il est plus que soupçonné d’être le père d’Henry, le petit (demi-)frère d’Honoré). Dans l’ensemble, Balzac semble apprécier M. de Margonne qui le laisse écrire tranquillement toute la journée dans sa petite chambre. Dans l’ensemble, Balzac semble beaucoup moins apprécier sa femme pour laquelle il aura plusieurs fois des descriptions disons imagées : pour l’écrivain elle est donc bossue, dévote, peu spirituelle, mais il la compare aussi à une magotte de Chine car elle aurait le teint jaune : « et la jaune Mme Margonne est logée rue Verte !… » (1822). Balzac, dans ses lettres comme dans ses romans, sait être sans concession…

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