Recherche

BALZAC

(par de petites portes)

Catégorie

Citations

Balzac et les sources d’inspiration

– Mon cher ami, dit madame de la Baudraye en tirant un manuscrit de dessous l’oreiller de sa causeuse, me pardonnerez-vous, dans la détresse où nous sommes, d’avoir fait une nouvelle de ce que vous nous avez dit, il y a quelques jours.

– Tout est de bonne prise dans le temps où nous sommes ; n’avez-vous pas vu des auteurs qui, faute d’inventions, servent leurs propres coeurs et souvent celui de leurs maîtresses au public ! On en viendra, ma chère, à chercher des aventures moins pour le plaisir d’en être les héros, que pour les raconter.

Un Prince de la Bohême

Balzac a écrit énormément, certes les fameux 17 volumes de sa Comédie humaine rédigés en moins de 20 ans. Mais Balzac a aussi écrit de nombreux articles dans les journaux autour de 1830, articles souvent signés de pseudonymes. Et Balzac a aussi produit une dizaine de pièces de théâtre. Et puis il y a les œuvres de jeunesses, une dizaine d’ouvrages supplémentaires et aussi les contes drolatiques et… . Au final, plusieurs milliers de pages, donc, écrites en une petite trentaine d’années. On peut se demander alors d’où vient l’inspiration si fertile du sieur Balzac ? Lire la suite

Publicités

Balzac et George Sand (et la lutte des classes)

On a fait de la poésie avec les criminels, on s’est apitoyé sur les bourreaux, on a presque déifié le Prolétaire !… Des sectes se sont émues et crient par toutes leurs plumes : Levez-vous, travailleurs ! comme on a dit au Tiers-Etat : Lève-toi ! On voit bien qu’aucun de ces Erostrates n’a eu le courage d’aller au fond des campagnes étudier la conspiration permanente de ceux que nous appelons encore les faibles contre ceux qui se croient les forts, du paysan contre le riche ?

Balzac dans Les Paysans

George Sand et Honoré de Balzac ont tous les deux la volonté de se tourner vers une classe sociale qui n’est pas (tout à fait) la leur : elle, aristocrate  devenue républicaine se tourne vers le peuple (« je ne puis rêver pour mes vieux jours qu’une chaumière un peu confortable dans la Vallée Noire » écrit-elle dans Les Visions de la Nuit dans la Campagne. (1854) ; lui, petit-fils de paysans, royaliste et fasciné par la noblesse achètera (avec l’argent de Mme Hanska) un magnifique hôtel particulier en plein Paris.

Il y a une préoccupation sociale chez George Sand quand elle évoque les paysans ou les ouvriers, quand elle se défie du progrès mal maîtrisé. Il y a aussi une dimension sociale (certes loin du réalisme/naturalisme de l’héritier-admirateur Zola) chez Balzac, mais de la haute société (très peu d’histoires de Balzac se déroulent dans les « basses » classes sociales, hormis peut-être Les Paysans). Tout cela diverge d’avec Théophile Gautier (qui écrira les quelques poèmes d’Illusions perdues pour Balzac ; et qui dira qu’il s’est ennuyé comme dans un couvent de frères moraves lorsqu’il est allé à Nohant. Gustave Flaubert, le solitaire, ne tiendra que 4 jours aux blagues de potaches des invités de G. Sand) qui faisait de la littérature de l’art pour l’art.

Balzac et l’histoire (et les sciences «molles»)

En lisant les sèches et rebutantes nomenclatures de faits appelées histoires, qui ne s’est aperçu que les écrivains ont oublié, dans tous les temps, en Egypte, en Perse, en Grèce, à Rome, de nous donner l’histoire des moeurs.

[…]

En dressant l’inventaire des vices et des vertus, en rassemblant les principaux faits des passions, en peignant les caractères, en choisissant les événements principaux de la Société, en composant des types par la réunion des traits de plusieurs caractères homogènes, peut-être pouvais-je arriver à écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des moeurs.

Avant propos (1842)

Balzac fait partie des romanciers, des plus grands romanciers même de l’histoire de la littérature. Balzac se considérait comme romancier, mais pas que. Son projet littéraire, sa Comédie Humaine, allait bien au-delà de cela, vers les sciences humaines, et notamment vers l’histoire des mœurs. Historien et sociologue avant l’heure alors, scientifique des sciences humaines. En 1842, au moment de publier pour la première fois sa Comédie humaine, il rédige un Avant propos dans lequel il s’explique : il veut être naturaliste de l’espèce humaine (Il a donc existé, il existera donc de tout temps des Espèces Sociales comme il y a des Espèces Zoologiques. Si Buffon a fait un magnifique ouvrage en essayant de représenter dans un livre l’ensemble de la zoologie, n’y avait-il pas une œuvre de ce genre à faire pour la Société ? écrit-il toujours dans l’Avant propos), il veut être historien de son époque (Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n’y a qu’à l’étudier. La Société française allait être l’historien, je ne devais être que le secrétaire. Ibid.) en se plaçant modestement (il sait l’être… parfois, modeste) comme secrétaire de cette histoire. D’ailleurs, quasiment tous les romans écrits par Balzac se déroulent entre 1800 et 1845, à peu d’exceptions près, ils sont donc contemporains à leur écrivain et à son époque. Voilà pourquoi de longues descriptions dans cette œuvre immense : pour faire le panorama de son temps, des paysages (il devient alors géographe) et des caractères, voilà pourquoi des détails jusqu’aux descriptions de papiers-peints. Mais Balzac n’a pas la rigueur de l’historien et son versant romancier reprend souvent le dessus, l’histoire romanesque reprend le dessus sur la réalité de l’histoire des mœurs.

Balzac et La Comédie humaine

Vous ne vous figurez pas ce que c’est que la Comédie humaine ; c’est plus vaste, littérairement parlant, que la cathédrale de Bourges architecturalement.

(Lettre à Zulma Carraud, janvier 1845)

Balzac publie son premier roman sous son vrai nom en 1829 ; il s’agit des Chouans, le succès est mitigé. Puis il se fait connaître les années suivantes d’abord avec La Physiologie du mariage (toute fin 1829) et avec l’immense succès de La Peau de chagrin (1831). Lorsqu’il écrit ses premiers romans Balzac n’a pas encore l’idée de les rassembler sous un titre unificateur et de les classer de façon rigoureuse. Cette idée va se développer au fur et à mesure, d’abord en procédant à des ébauches préfigurant le classement à venir par exemple avec Le Livre mystique (1835) qui regroupe Les Proscrits, Louis Lambert et Séraphîta. Puis Balzac va avoir une idée géniale, il est probablement le premier à l’avoir, faire réapparaître des personnages dans différents romans. Ce ne sont pas des héros comme on en a l’habitude aujourd’hui, mais juste des personnages parfois principaux, les fois d’après secondaires, Parfois ils ne sont qu’évoqués dans un salon, mais ces différentes références permettent de les suivre dans ce petit monde qu’est La Comédie humaine. Balzac écrit 91 romans (son œuvre presque complète) dans lesquels il fait réapparaître plus de 500 personnages. Ce retour des personnages permet de relier les différents romans entre eux, d’en faire un seul et même grand roman comme le dit Victor Hugo en 1850 : Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir.  L’un des personnages les plus connus et les plus importants de cette œuvre gigantesque est bien entendu Rastignac ; c’est l’un de ceux qui réapparaît le plus aussi : une trentaine de fois, c’est le modèle de l’ambitieux pour Balzac, celui qui arrivera au sommet du pouvoir par tous les moyens (il finit en effet par devenir ministre à la fin des références l’évoquant). Rastignac apparaît pour la première fois dans un rôle secondaire dans La Peau de Chagrin, il est environ au milieu de sa vie ; il réapparaît quelques années plus tard dans Le Père Goriot (en 1835) avec le rôle principal cette fois-ci, mais il est aussi beaucoup plus jeune puisqu’étudiant d’une vingtaine d’années. C’est dans le courant des années 1840’ que Balzac va élaborer cette Comédie humaine dans le cadre d’une édition de luxe chez l’éditeur Furne. 17 volumes rassemblant ces 91 textes classés thématiquement en 3 grandes parties aux intitulés très scientifiques : les Etudes de mœurs (où on retrouve Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée, Eugénie Grandet…), les Etudes philosophiques (La Peau de chagrin, Louis Lambert…), les Etudes analytiques (La Physiologie du mariage). Parmi les quelques titres auxquels pensa Balzac, il y eu notamment ‘La diabolique comédie du sieur Balzac’. Mais finalement il se fixa sur Comédie humaine, qui ne peut qu’évoquer Dante (que par ailleurs Balzac cite régulièrement) et sa Divine comédie doublement renversée.

A voir aussi :

Le classement de l’édition Furne de La Comédie humaine

Balzac et les sciences (plutôt dures) et le mysticisme

Quel sentiment d’admiration ne s’élève-t-il pas dans l’âme du philosophe en découvrant qu’il n’y a peut-être qu’un seul principe dans le monde, comme il n’y a qu’un seul Dieu et que nos idées et nos affections sont soumises aux mêmes lois qui font mouvoir le soleil, éclore les fleurs et vivre l’univers.

Honoré de Balzac, Physiologie du Mariage.

Tenant de son père un intérêt pour les sciences et de sa mère un goût pour le mysticisme, Honoré de Balzac s’intéresse très jeune aux idées permettant d’expliquer le monde et l’humanité. Locataire à ses débuts d’une mansarde rue Lesdiguières à Paris, il fréquente régulièrement la bibliothèque de l’Arsenal et consulte des ouvrages philosophiques et scientifiques. Il s’offre des cours en biologie et a de longues conversations avec son ami médecin le Dr Nacquart à qui il dédie Le Lys dans la vallée.

(voir la suite)

Balzac et ses maladies et sa mort

En vérité, je crois que c’est le mariage qui l’a tué.

Alfred de Vigny, L. à la Vicomtesse du Plessis Au Maine-Giraud, 15 septembre 1850

Bien sûr, ce n’est pas le mariage qui a tué Balzac !

Balzac a souffert tout au long de sa vie de plusieurs maladies. Il était atteint régulièrement à différents endroits du corps : la tête, le cœur, l’estomac, troubles intestinaux, les poumons, les dents, les yeux, les jambes. Il meurt d’épuisement et d’une combinaison de ces maladies.

(voir la suite…)

Balzac et Stendhal

« Le côté faible de cette œuvre est le style, en tant qu’arrangement des mots. […] Sa phrase longue est mal construite, sa phrase courte est sans rondeur. […] Je souhaite que M. Beyle soit mis à même de retravailler, de polir La Chartreuse de Parme. »

Balzac, septembre 1840, dans la Revue parisienne

Fin mars 1839, Stendhal (1783 – 1842) envoie un exemplaire de La Chartreuse de Parme à Balzac en écrivant : Si vous le lisez, dites-m’en votre avis bien sincèrement. / Je réfléchirai à vos critiques avec respect. (l. à Balzac, mars 1839) Balzac s’empresse de lire le roman et répond quelques jours plus tard La chartreuse est un grand et beau roman. Je vous le dis sans flatterie (l. à Stendhal, avril 1839).  Puis en septembre 1840 paraît dans la Revue parisienne un (très) long article, un modèle de critique, concernant cette Chartreuse de Parme ; article qui fait « rougir » Stendhal tant les louanges sont nombreuses. Balzac envie notamment les descriptions de batailles (il prévoit de consacrer une grande partie de sa Comédie Humaine aux scènes de la vie militaire, mais sur la vingtaine de textes prévus il n’en écrit que 2 : Les Chouans et Une passion dans le désert). Des louanges beaucoup, mais Balzac n’hésite pas à faire des critiques aussi, à donner son avis sur ce qu’il y a à améliorer comme l’y invite Stendhal. S’il s’agit, avec cette critique, du fait de gloire de leur relation, il ne faut pas oublier que Balzac s’intéresse très tôt à cet écrivain qu’il commence à lire dans les années 1820’ ; que De l’amour de Stendhal  influencera Balzac pour sa Physiologie du mariage ; qu’ils vont se rencontrer plusieurs fois dans le courant des années 1830’ ; que Balzac met même en scène son confrère dans les Contes bruns et lui rend hommage La Muse du département.

A voir :

Balzac, écrits sur le roman, textes choisis et annotés par S. Vachon, Livre de poche

L’article de Balzac sur La Chartreuse de Parme

Balzac et Laure de Berny

Elle a été une mère, une famille, un ami, un conseil ; elle a fait l’écrivain, elle a consolé le jeune homme, elle a créé le goût…

(lettre à Mme Hanska,  juillet 1837)

Mme de Berny (1777-1836) une des femmes de la vie de Balzac ; est une des femmes les plus importantes de la vie de Balzac ; est peut-être la femme la plus importante de la vie de Balzac. Lorsque Laure de Berny et Honoré se rencontrent, lui a à peine 20 ans passés, elle déjà presque … 45 ans. A cette époque, la famille de Balzac et la famille de Berny sont voisines à Villeparisis. C’est une femme bien placée, son mari est conseiller à la cour, elle-même est la fille du professeur de harpe de la reine Marie-Antoinette, filleule de cette même reine et du roi qui va avec (Louis XVI, donc). Le jeune Balzac entre donc dans sa vie, d’abord comme précepteur de ses filles, puis il devient un amant de plus en plus pressant ; elle se refuse d’abord au jeune homme, le trouvant trop jeune, notamment. Elle cèdera pour devenir l’amante la plus importante du futur écrivain, écrivain qu’elle contribue à façonner par ses conseils, elle est aussi la figure maternelle qui a manqué à Balzac (elle a 1 ans de plus que Mme de Balzac mère). Et il l’appelle Laure (son prénom usuel est Antoinette, mais Balzac aime l’appeler par son 2è prénom : Laure. Laure, un des prénoms de sa mère, le prénom de sa sœur bien aimée) ; il l’appelle la Dilecta (« l’aimée » en latin) . Il va chez elle à La Bouleaunière près de Nemours. Il l’amène à Saint-Cyr-sur-Loire en Touraine dans une maison nommée la  Grenadière (le roman La Grenadière évoque cette maison à flanc de coteau, avec une belle vue sur la Loire) en 1830 ; de là ils partent pour Le Croisic (à l’époque la Loire se remontait (et se redescendait) en bateau). Il lui dédie Louis Lambert (Et nunc et semper dilectae dicatum / A la chère entre toutes et maintenant et toujours). Enfin, il s’inspire d’elle (et de leur relation) pour camper Mme de Morsauf (et l’intrigue) du Lys dans la vallée, un des (le ?) dernier roman de Balzac qu’elle lit puisque qu’elle meurt l’année même de la parution de ce roman.

Balzac et les mansardes

Je demeurais alors dans une petite rue que vous ne connaissez sans doute pas, la rue de Lesdiguières : elle commence à la rue Saint-Antoine, en face d’une fontaine près de la place de la Bastille et débouche dans la rue de La Cerisaie. L’amour de la science m’avait jeté dans une mansarde où je travaillais pendant la nuit, et je passais le jour dans une bibliothèque voisine, celle de MONSIEUR. Je vivais frugalement, j’avais accepté toutes les conditions de la vie monastique, si nécessaire aux travailleurs.

Facino Cane


Dans cet extrait de la nouvelle Facino Cane, Balzac évoque explicitement sa première mansarde, celle qu’il a réellement habité rue Lesdiguières – à Paris, près de la Bastille – alors qu’il avait une vingtaine d’années. C’est dans cette petite pièce qu’il écrit un de ses premiers textes : l’adaptation de Cromwell (qui ne sera pas éditée).

Balzac n’hésite pas  à évoquer cette expérience dans La Peau de chagrin où on retrouve une mansarde aux murs jaunes et sales, qui sentait la misère et appelait son savant. La toiture s’y abaissait régulièrement et les tuiles disjointes laissaient voir le ciel. Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises, et sous l’angle aigu du toit je pouvais loger mon piano. Un piano que Balzac évoque aussi dans sa correpondance avec sa sœur. Pour écrire, Balzac semble préférer les pièces de dimensions modestes. C’est d’ailleurs une petite pièce presque sous les toits, pas plus grande qu’une cellule de moine, qu’il utilise à Saché (je suis heureux d’être là comme un moine dans un monastère, y écrit-il en mars 1833 à Mme Hanska). Son cabinet de travail dans la maison de la rue Reynouard n’est pas non plus une pièce immense. A la fin des années 1840’, alors qu’il vient d’acheter l’hôtel particulier de la rue Fortunée, à Paris, Balzac évoque à plusieurs reprises des mansardes : lorsque que ses comptes ne sont pas bons (sic) et qu’il envisage de revendre l’hôtel  V[otre] estime, v[otre] affection et une mansarde me suffisent. (l. à Mme Hanska août 1847) ; lorsque Mme Hanska se fait un peu désirer et qu’il ne peut vivre dans cette maison sans elle, dirait-on Je suis décidé à quitter la rue Fortunée, à prendre une petite mansarde à côté, j’y viendrai tous les jours soigner l’habitation (l. à Mme Hanska juillet 1847) ; ou encore, pour revenir à l’inspiration, parce que les pièces de cet hôtel particulier semblent trop grandes pour qu’il puisse s’y concentrer Si je vais mieux qu’ici à Saché, je prendrai au retour une mansarde de 200 fr. par an dans le f[au]b[ourg] du Roule à deux pas de la maison, et je verrai si j’y puis travailler. (l. à Mme Hanska juillet 1847).

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :