Ma révélation Balzac. J’ai quinze ans. J’ai la chance de cette édition qui appartient à mon grand-père maternel. Dix-huit tomes reliés cuir, quelques rousseurs, des livres lourds. J’ai emmené le tout dans un carton de pièces détachées Citroën, je ne souhaitais pas ce mois au bord de mer avec mes parents, je m’enferme tout le jour avec les livres. Quand ça embraye, je ne cesse plus de trois jours et trois nuits. La tête juste un vertige. La réalité peuplée des Rastignac, d’Arthez, Nucingen et les autres a remplacé bloc pour bloc le monde qui m’entoure. C’est la première révélation essentielle : qu’un monde de mots peut remplacer l’autre, tout aussi exactement emboîté. Ce que j’ai la chance de comprendre (je termine ma seconde, j’ai déjà lu Illusions Perdues, il y a eu les grandes vacances de mai 68, mais à l’école on ne connaît de Balzac qu’Eugénie Grandet le pensum), c’est que la réalité perceptive concrète de ce monde fabriqué qui m’entoure, que je croyais solide, n’est pas d’autre nature que la réalité induite du roman. Si le réel n’est qu’une fiction comme les autres, écrire bien sûr devient possible.

 

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Merci à François Bon de m’avoir autorisé à reprendre cet extrait de ses Notes sur Balzac parues chez Publie.net

 

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