— Mesdames et messieurs, fermez les yeux un court instant. Imaginez ce bureau d’écrivain. L’été se heurte aux murs épais du château de Monsieur de Margonne. Balzac s’endort à sa table de travail, le vin d’Anjou, le Nil en cru, Moïse flottant dans son panier d’osier. Sa plume est au repos, mâchouillée, tachée d’encre. Son esprit plane dans la touffeur du soir. (« Qu’est-ce qui faut pas entendre. ») Il pense aux personnages accumulés en tas dans les coulisses de ses romans, assoiffés, racornis, exsangues, au bord de l’évanouissement. Comment trier ? S’y reconnaître ? Qui faire entrer ? Sera-t-elle blonde ou rousse l’élue du jour ? Rien n’est gagné d’avance. Quatre mille personnages, ça fait du monde dans les couloirs… La visite maintenant se termine, ce bureau d’écrivain, un homme original immense, poli par les grasses mains du temps, qui l’étreignent, vous l’empoignent, tenez-le bien qu’il ne s’échappe, toussote-t-elle, index entre les dents…
Chapitre 2, p.28-29

 

12 décembre 2010

Cher David,

Oui, je connais ce livre que vous avez publié ; je l’ai lu il y a quelques temps déjà. Je pourrais presque dire dévoré, ce qui est de bon augure, ne dévorant pas grand chose en ce moment.
Je ne suis pas forcément un bon critique littéraire c’est pourquoi je vais être assez succinct. Deux choses m’ont gênées : certains passages un peu gratuitement familiers et ce qui me semble être des approximations sur Balzac (les inventions et digressions par rapport à sa vie et son œuvre ne m’ont pas gêné par contre).
Et aussi une certaine vision de la visite guidée un peu datée. On ne les fait plus comme cela depuis quelques années.

Tout ça pour dire que c’est un très beau livre (objet et texte), l’idée est originale et j’aime beaucoup le style. Je comptais éventuellement faire un jour un petit billet où j’aurais dit tout cela.

Bien cordialement,

N. G.
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13 décembre 2010

Quelle bonne surprise, cher Nathanaël,

Je vous remercie de vos remarques sur notre deuxième livre, et de votre appréciation.

Ce livre est un hommage à Balzac et à une forme de culture commune, façon jeu des Mille francs, à l’époque où la France entière se tenait derrière Lucien Jeunesse, un peu avant midi. Et la visite du Musée, elle aussi désuète dans le livre, appartient à ce registre et n’entend pas dire la réalité du musée, plutôt signaler la nostalgie d’un âge passé.

Merci de votre courriel et de votre lecture.

David Marsac
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13 décembre 2010

David,

Je vais relire plus attentivement le livre (je répète que j’ai bien aimé, vraiment) et vous faire part de mes impressions à nouveau. Qui est ce Kol Osher sur lequel on trouve si peu d’infos ?

À très bientôt,

N. G.
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15 décembre 2010

Bonsoir Nathanaël,

Concernant Kol Osher : nous publions à chaque fois des auteurs inédits, de sorte que K.O., écrivain tardif, est un parfait inconnu (qui entend en plus le rester). Merci en tous cas de votre intérêt. J’avais bien compris que le livre vous avait plu.

Bien cordialement,

David Marsac
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17 décembre 2010

Cher David,

J’ai relu (avec autant de plaisir) le livre ces derniers jours. Nous avons, par ici, eu quelques débats à son propos. Lors de ma deuxième lecture, j’ai relevé le fait que finalement il y a plus d’extrapolations que de références à la vie de Balzac, et que les passages un peu olé olé ne sont pas si nombreux (mais ils ouvrent et ferment le livre, ce qui peut être rebutant pour les âmes prudes).
Quant aux petites approximations (mais il est difficile, souvent, de ne pas en faire avec Balzac dont la vie et l’œuvre sont complexes, les spécialistes aussi s’y perdent parfois). Il ne faut donc pas en vouloir à votre auteur, d’autant que ce que je vais préciser est un peu du pointillisme, du chipotage ou juste de la précision. Mais ces erreurs n’entravent pas la lecture du texte.

– p.11 : l’histoire de la mère qui passe d’une chambre à l’autre est à priori du ressort de la légende / Il n’existe à notre connaissance aucun portrait de Margonne.
– p.23 : une petite précision : il n’est pas sûr que le mobilier de la chambre soit celui d’origine. Quant au Lys dans la vallée, s’il a été inspiré par Saché, rien n’atteste qu’il y ait été écrit.
– p.38 : « Caché sous le bureau, Félix surprend un soir Henriette à sa toilette, la tête entre les cuisse – Pour qui donc s’épile-t-elle, s’écrie-t-il, excite ?  Broder. » une chose me gêne (mais cela ne regarde que moi, je ne suis pas éditeur) : les italiques impliquent une véracité du texte, ce qui, à mon souvenir, ne doit pas être le cas ici.
– p.42 : On dit habituellement que Balzac a présenté environ 2500 personnages dans tous ces romans (si c’est ce à quoi l’auteur à voulu faire référence). Or vous parlez de Quatre mille.
– p.58 : C’est Charles Rabou et non Mme Hanska qui a terminé Le Député d’Arcis (elle termine Les Paysans).

Autres petites précisions : je ne pense (mais ne sais) pas que quelqu’un ait commencé ses visites par « chers amis », ni que la population de Saché double en été.
– p.91 : il s’agit de Pont-de-Ruan, village voisin de Saché, et non de Ruan.

Voilà pour une petite lecture un peu scolaire du texte où je me suis permis de presque tout vous signaler (quitte peut-être parfois à critiquer abusivement les intentions de l’auteur).

Je suis habituellement assez porté vers la littérature contemporaine, c’est pour cela que ce livre m’a touché.
Ce livre peut être trop déroutant pour beaucoup de lecteurs habituels de Balzac, mais à voir…

Voilà pour cette réponse un peu longue.

Bien Cordialement,

N.G.
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17 décembre 2010

Bonsoir Nathanaël,

Je vous dis chaleureusement merci pour votre relecture et vos précisions. J’aimerais citer la fin de votre texte proposé en lien N°1, sur votre site : « C’est ça être un artiste, on peut tout se permettre, et pendant des générations ils ont trouvé cela génial ! Coooooooool !« 

Au fond, notre échange porte sur les différences entre deux perspectives : historique et littéraire, et la relation complexe que les deux entretiennent, convergente et divergente selon les moments et les angles de vue. Je pense que vous êtes, en qualité de guide et de passionné de Balzac, pris entre les deux passions, courant de l’une à l’autre, tantôt vérifiant, tantôt admirant.

La controverse sur le nombre des personnages est ainsi intéressante puisque les spécialistes de Balzac sur la question s’interrogent encore, même si le chiffre de 2500-3000 semble s’imposer. Est-ce important, demandera l’écrivain admiratif devant le chiffre élevé ? C’est capital, répondra l’historien en refaisant ses comptes !

Pour Le Député d’Arcis, c’est un choix de l’auteur qui n’aime pas Les Paysans et souhaitait un roman politique. Nous en avions parlé.

Pour le reste, vous avez raison et je crois que Kol Osher n’a même pas pensé à vérifier quoi que ce soit, plus préoccupé par sa perception / invention personnelle du grand écrivain classique. L’association entre écriture du Lys et Saché est si forte dans l’imaginaire des lecteurs qu’il me paraît à moi, qui ne suis qu’éditeur, presque scandaleux de la rompre ! De même (je n’en ai pourtant pas la certitude), il me semble que Kol Osher serait surpris de votre remarque sur les passages d’une chambre à l’autre de la mère de Balzac. Je crois qu’il s’agit d’une extrapolation qui visait à  signaler la relation adultérine entre de Margonne et Madame Balzac, et non d’un détail historique.

J’espère que nous aurons l’occasion de nous rencontrer un jour prochain. Merci encore de cet échange.

David Marsac

 

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Le site de l’éditeur est par là

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