Il y a longtemps, très longtemps, que je n’ai pas lu Balzac. Pourtant, dans mon souvenir il reste un maître pour moi, comme Proust, comme Flaubert, comme Céline, comme Kafka, comme Stendhal, car il s’occupe du destin des hommes et des femmes, il les dirige, il relate leurs pérégrinations, il peint, il démontre. Je me souviens d’un écrivain possédant une immense force de communication poétique au lecteur, et en même temps une mise à son niveau et une écoute, et je me rappelle aussi que là où Kafka et Proust se tournent vers leur for intérieur, Balzac lui se préoccupe avant tout de son lecteur. Dans la perception que j’en ai gardée, Balzac est un auteur qui ne doute pas, n’hésite pas, ne ralentit pas, je le vois exactement comme l’a sculpté Rodin : une montagne.

Je n’ai pas lu autant Balzac que j’ai lu Proust ou Kafka, mais j’ai le souvenir d’un romancier qui va à l’essentiel et se concentre sur une chose encore plus importante que le pouvoir ou le sexe : l’argent. Être riche c’est être libre, axiome évidemment totalement faux mais dans lequel j’identifie Balzac. Je le vois aussi comme un grand autobiographe dissimulé, qui projette son existence dans des romans-feuilletons, feuilleton entendu ici dans un sens noble. Et les descriptions de Balzac ne m’ont jamais semblées trop longues ni superflues, contrairement à ce que soutient une curieuse légende à propos de ses livres.

Je me souviens avoir lu, sans doute vers l’âge de trente ans, Illusions perdue, La Peau de chagrin, Le Père Goriot, Eugénie Grandet, et quelques autres, bien que j’aie oublié de manière presque complète ce que ces livres racontaient. Mais j’ai parfaitement retenu le sentiment qui m’a traversé à leur lecture et me traverse encore : une fascination sans limite pour le destin brisé des autres.

Marc Pautrel

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Marc Pautrel est l’auteur de plusieurs romans et récits. Récemment il a publié Un Voyage humain chez Gallimard et Le Moteur à os chez Publie.net. Il blogue aussi ici et .

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