tu vois, tu aurais pu leur dire bien des choses en somme

— Cessez, madame,  je ferai tout ce que vous voudrez. Je me jetterais à l’instant dans l’Indre, si je pouvais ainsi vous rendre à une vie heureuse. La seule chose que je ne puisse refaire est mon opinion, rien n’est plus fortement tissu en moi. Je vous donnerais ma vie, je ne puis vous donner ma conscience

à ces dames

— Mais parlons-en ! lui répondis-je avec une exaltation causée par une douleur surhumaine. Il s’agit de tout moi-même, de ma vie inconnue, d’un secret que vous devez connaître ; autrement je mourrais de désespoir ! Ne s’agit-il pas aussi de vous, qui, sans le savoir, avez été la Dame aux mains de laquelle reluit la couronne promise aux vainqueurs du tournoi.

des mots doux

— Oui, lui dis-je, mais elles étaient nécessaires comme le sont les miennes pour me faire apprécier les saveurs du fruit mûri dans nos roches ; maintenant peut-être le goûterons-nous ensemble, peut-être en admirerons-nous les prodiges ? ces torrents d’affection dont il inonde les âmes, cette sève qui ranime les feuilles jaunissantes. La vie ne pèse plus alors, elle n’est plus à nous. Mon Dieu ! ne m’entendez-vous pas ? repris-je en me servant du langage mystique auquel notre éducation religieuse nous avait habitués. Voyez par quelles voies nous avons marché l’un vers l’autre ? quel aimant nous a dirigés sur l’océan des eaux amères, vers la source d’eau douce, coulant au pied des monts sur un sable pailleté, entre deux rives vertes et fleuries ? N’avons-nous pas, comme les Mages, suivi la même étoile ? Nous voici devant la crèche d’où s’éveille un divin enfant qui lancera ses flèches au front des arbres nus, qui nous ranimera le monde par ses cris joyeux, qui par des plaisirs incessants donnera du goût à la vie, rendra aux nuits leur sommeil, aux jours leur allégresse. Qui donc a serré chaque année de nouveaux noeuds entre nous ? Ne sommes-nous pas plus que frère et soeur ? Ne déliez jamais ce que le ciel a réuni. Les souffrances dont vous parlez étaient le grain répandu à flots par la main du Semeur pour faire éclore la moisson déjà dorée par le plus beau des soleils. Voyez ! voyez ! N’irons-nous pas ensemble tout cueillir brin à brin ? Quelle force en moi, pour que j’ose vous parler ainsi ! Répondez-moi donc, ou je ne repasserai pas l’Indre.

des mots flous

— Nous vivions dans la même sphère avant de nous retrouver ici, vous partie de l’orient et moi de l’occident.

de la végétation dans les mots aussi, des fleurs, et un lys forcément

Soit un coin de forêt environné de roches ruineuses, coupé de sables, vêtu de mousses, garni de genévriers, qui vous saisit par je ne sais quoi de sauvage, de heurté, d’effrayant, et d’où sort le cri de l’orfraie. Soit une lande chaude, sans végétation, pierreuse, à pans raides, dont les horizons tiennent de ceux du désert, et où je rencontrais une fleur sublime et solitaire, une pulsatille au pavillon de soie violette étalé pour ses étamines d’or ; image attendrissante de ma blanche idole, seule dans sa vallée !

(Bon, d’accord, on n’est pas toujours au sommet de ses mots) des poncifs

— O mon Henriette ! me dis-je, à toi l’amour le plus pur qui jamais aura brillé sur cette terre !

plutôt que de commencer but en blanc, sensuel, passionné, osé avec un truc du genre

Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complétement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés et d’une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies : le brillant des cheveux lissés au-dessus d’un cou velouté comme celui d’une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l’esprit. Après m’être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d’entendre,

“oh shocking, darling !!!”

reprends, refais toi beau, envoie

Une âme nouvelle, une âme aux ailes diaprées avait brisé sa larve. Tombée des steppes bleus où je l’admirais, ma chère étoile s’était donc faite femme en conservant sa clarté, ses scintillements et sa fraîcheur.

tu vois tout ça, tu le dis
et tu es le phénix, l’hôte de ces dames

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les textes en italiques sont des extraits du roman de Balzac  Le Lys dans la vallée

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