Vous ne vous figurez pas ce que c’est que la Comédie humaine ; c’est plus vaste, littérairement parlant, que la cathédrale de Bourges architecturalement.

(Lettre à Zulma Carraud, janvier 1845)

Balzac publie son premier roman sous son vrai nom en 1829 ; il s’agit des Chouans, le succès est mitigé. Puis il se fait connaître les années suivantes d’abord avec La Physiologie du mariage (toute fin 1829) et avec l’immense succès de La Peau de chagrin (1831). Lorsqu’il écrit ses premiers romans Balzac n’a pas encore l’idée de les rassembler sous un titre unificateur et de les classer de façon rigoureuse. Cette idée va se développer au fur et à mesure, d’abord en procédant à des ébauches préfigurant le classement à venir par exemple avec Le Livre mystique (1835) qui regroupe Les Proscrits, Louis Lambert et Séraphîta. Puis Balzac va avoir une idée géniale, il est probablement le premier à l’avoir, faire réapparaître des personnages dans différents romans. Ce ne sont pas des héros comme on en a l’habitude aujourd’hui, mais juste des personnages parfois principaux, les fois d’après secondaires, Parfois ils ne sont qu’évoqués dans un salon, mais ces différentes références permettent de les suivre dans ce petit monde qu’est La Comédie humaine. Balzac écrit 91 romans (son œuvre presque complète) dans lesquels il fait réapparaître plus de 500 personnages. Ce retour des personnages permet de relier les différents romans entre eux, d’en faire un seul et même grand roman comme le dit Victor Hugo en 1850 : Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir et marcher et se mouvoir.  L’un des personnages les plus connus et les plus importants de cette œuvre gigantesque est bien entendu Rastignac ; c’est l’un de ceux qui réapparaît le plus aussi : une trentaine de fois, c’est le modèle de l’ambitieux pour Balzac, celui qui arrivera au sommet du pouvoir par tous les moyens (il finit en effet par devenir ministre à la fin des références l’évoquant). Rastignac apparaît pour la première fois dans un rôle secondaire dans La Peau de Chagrin, il est environ au milieu de sa vie ; il réapparaît quelques années plus tard dans Le Père Goriot (en 1835) avec le rôle principal cette fois-ci, mais il est aussi beaucoup plus jeune puisqu’étudiant d’une vingtaine d’années. C’est dans le courant des années 1840’ que Balzac va élaborer cette Comédie humaine dans le cadre d’une édition de luxe chez l’éditeur Furne. 17 volumes rassemblant ces 91 textes classés thématiquement en 3 grandes parties aux intitulés très scientifiques : les Etudes de mœurs (où on retrouve Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée, Eugénie Grandet…), les Etudes philosophiques (La Peau de chagrin, Louis Lambert…), les Etudes analytiques (La Physiologie du mariage). Parmi les quelques titres auxquels pensa Balzac, il y eu notamment ‘La diabolique comédie du sieur Balzac’. Mais finalement il se fixa sur Comédie humaine, qui ne peut qu’évoquer Dante (que par ailleurs Balzac cite régulièrement) et sa Divine comédie doublement renversée.

A voir aussi :

Le classement de l’édition Furne de La Comédie humaine

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