Il faut que tu saches que pendant les fêtes, j’ai traduit Eugénie Grandet de Balzac (c’est une merveille ! C’est une merveille !). La traduction est admirable. On m’en donne au minimum 350 roubles assignats. Mais le « futur millionnaire » n’a pas d’argent pour la copie. Au nom des anges célestes, envoie moi 35 roubles assignats

F. M. Dostoïevski, l. à son frère, janv. 1844

Fedor M. Dostoïevski (1821-1881) vient après Balzac, décalage d’une génération environ. A l’époque, la Russie lettrée est francophile et Balzac bien connu par là-bas (sa polonaise le lisait déjà dans les années 1830’). Romanciers immenses, Balzac et Dostoïevski n’ont pas que des pages de lignes en communs mais aussi le travail de nuit, le café  « épais », l’argent qui brûle les doigts … et la Madone Sixtine de Raphaël (qu’on retrouve dans Eugénie Grandet, dans César Birotteau et dans Crime et châtiment). Balzac exercera une forte influence sur l’écrivain russe. D’ailleurs ce dernier commence quasiment sa carrière littéraire en traduisant du Balzac, Eugénie Grandet. Il a alors à peine plus de 20 ans et traduit plus avec passion qu’avec rigueur, enlaidissant notamment ce qui évoque le Père Grandet qu’il déteste. Dostoïevski, habité par les personnages, ne cherche pas l’exactitude absolue, ajoutant des choses de son cru. Aussi pour premiers conseils littéraires à sa jeune femme, Dostoïevski annonce en 1867 Eugénie Grandet, Le Père Goriot, César Birotteau et Les Parents Pauvres.

Aussi, notons que Dostoïevski traduit La Dernière Aldini de George Sand … sans s’assurer auparavant que cela n’avait pas déjà été fait. Mais cela l’avait été : qu’en savais-je, j’étais en fureur écrit-il alors.

Aussi, notons (2) Tourgueniev, pourtant littéraro-francophile, n’aime pas tellement Balzac : Je me serais plutôt chargé de traduire quelques pages de Montaigne ou de Rabelais, mais en aucune manière de Balzac, dont je n’ai jamais pu lire plus de dix pages d’affilée, tant il m’est contraire et étranger. (1883, Les Belles lettres)

A voir sur ce thème :

Balzac et Dostoïevski, Vera Biron, Balzac dans l’Empire russe – ouvrage collectif, ed. des Cendres/Paris-Musées

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