Oh si vous saviez ce que c’est que la Touraine !… On y oublie tout. Je pardonne bien aux habitants d’être bêtes, ils sont si heureux ! Or vous savez que les gens qui jouissent beaucoup sont naturellement stupides.

l. à V. Radier, 1830

Balzac évoque la Touraine dans plusieurs romans, il y est né même si ces parents viennent d’ailleurs ; il évoque donc aussi les Tourangeaux, et pas seulement en bien ! Dans Sténie (1819, œuvre de jeunesse inachevée) il écrit qu’ils sont lâches, dans sa lettre à V. Radier il dit sans détour (malgré après une ouverture plutôt flatteuse) qu’ils sont bêtes, ou encore dans L’Illustre Gaudissart il évoque le caractère moqueur et fainéant (cela serait dû au climat si on croit l’écrivain) du tourangeau : Ainsi le Tourangeau, si remarquable au dehors, chez lui demeure comme l’Indien sur sa natte, comme le Turc sur son divan. Il emploie son esprit à se moquer du voisin, à se réjouir, et arrive au bout de la vie, heureux. […] Quant à la fainéantise, elle est sublime et admirablement exprimée par ce dicton populaire : — Tourangeau, veux-tu de la soupe ? — Oui. — Apporte ton écuelle ? — Je n’ai plus faim. Est-ce à la joie du vignoble, est-ce à la douceur harmonieuse des plus beaux paysages de la France, est-ce à la tranquillité d’un pays où jamais ne pénètrent les armes de l’étranger, qu’est dû le mol abandon de ces faciles et douces moeurs. A ces questions, nulle réponse. La description du Tourangeau peut bien commencer (il est si remarquable au dehors… ), ou être tempérée (ils sont si heureux !), elle n’en reste pas, pour le moins, souvent acerbe (et peu redevable envers ses hôtes réguliers).

Publicités