Dès lors, tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent ; le papier se couvre d’encre, car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire, comme la bataille par sa poudre noire. J’ai conseillé ce breuvage ainsi pris à un de mes amis qui voulait absolument faire un travail promis pour le lendemain : il s’est cru empoisonné, il s’est recouché, il a gardé le lit comme une mariée. Il était grand, blond, cheveux rares ; un estomac de papier mâché, mince. Il y avait de ma part manque d’observation.

Traité des excitants modernes

Honoré de Balzac est bien connu pour sa consommation de café. On ne peut pas évaluer la quantité qu’il buvait, mais cela doit avoisiner le « énormément ». Pour l’écrivain, l’inspiration est liée à la qualité du café comme l’évoque la citation ci-dessus ou encore cet extrait de lettre (il écrit alors de Saché où le café ne semble pas terrible) : « Les jours ne sont pas assez longs pour moi. Je travaille dès 5 heures jusqu’au dîner. Je prends à 7 heures un œuf et une demi – tasse de café, mais Ô Lobligeois, !… Où es-tu ? Je n’ai pas de grandes inspirations avec ce café ». Un bon café serait donc générateur d’inspiration. Balzac met aussi le café dans son Traité des excitants modernes, petit livre assez fantaisiste où il dit qu’il faut mieux être petit brun et costaud pour boire du café, plutôt que grand blond et maigre, puisqu’alors on risque d’être malade. Néanmoins, dans l’extrait présenté ici, Balzac montre qu’il a bien compris que le café permet de rester éveillé plus longtemps. Il va alors user et abuser de cette boisson d’autant plus indigeste pour sa santé qu’il dit la boire comme ceci : « Il s’agit de l’emploi du café moulu, foulé, froid et anhydre (mot chimique qui signifie peu d’eau ou sans eau) pris à jeun. Ce café tombe dans votre estomac, qui, vous le savez par Brillat-Savarin, est un sac velouté à l’intérieur et tapissé de suçoirs et de papilles ; il n’y trouve rien, il s’attaque à cette délicate et voluptueuse doublure » (Traité des excitants modernes).

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