L’éloignement ne permet donc pas aux parents d’y venir souvent voir leurs enfants. La règle interdisait d’ailleurs les vacances externes. Une fois entrés, les élèves ne sortaient du collège qu’à la fin de leurs études. […] Je demeurai là huit ans, sans voir personne, et menant une vie de paria.

Honoré DE BALZAC dans Louis Lambert

Quelle vanité pouvais-je blesser, moi nouveau-né ? quelle disgrace physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais-je donc l’enfant du devoir, celui dont la naissance est fortuite, ou celui dont la vie est un reproche ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens.

Honoré DE BALZAC dans Le Lys dans la vallée

On dit que Mme de Balzac n’a jamais vraiment montré d’affection envers son fils Honoré. Elle  est à peine âgée d’une vingtaine d’années lorsqu’elle a ce premier fils ; elle l’envoie en nourrice pendant plusieurs années, puis en pension durant 6 ans au collège de Vendôme où le jeune Balzac dit qu’il ne voit sa mère que 2 fois durant cette période. Si c’est une chose courante d’être mis en nourrice et en pension à l’époque, Honoré Balzac vit mal cet éloignement/abandon maternel. De cette jeunesse malheureuse reste (dans la correspondance notamment) une certaine amertume envers cette mère à qui il reproche de ne jamais l’avoir aimé (mais en même temps il la remercie cyniquement car, grâce à cela il ne deviendra pas un bon à rien comme son frère Henry, lui choyé par Mme de Balzac). On retrouve tout cela dans certaines oeuvres de l’écrivain comme dans Louis Lambert qui raconte grosso-modo sa jeunesse au collège de Vendôme (c’est l’histoire d’un jeune homme qui est malheureux au collège de Vendôme…) ; et dans Le Lys dans la vallée où Félix de Vandenesse, qui ressemble étrangement à Balzac, se retrouve au début du roman face à sa mère, froide, et s’interroge sur sa mise en nourrice.

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