BALZAC AU CENTRE ou quand le territoire est parsemé de romans (biographies parallèles)

Julien Gracq dans ses Lettrines 2 annonce :

comme la Touraine est balzacienne

Elargissons le dit de Gracq à la région Centre : ajoutons au Lys dans la vallée, au Curé de Tours, à La Grenadière, à L’Illustre Gaudissart – les tourangeaux – ajoutons donc la berrichonne Rabouilleuse, la Sancerroise Muse du département, les Vendômois Louis Lambert & Grande Bretèche

Le territoire est parsemé de romans !

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Brève correspondance avec David Marsac, éditeur de BALZAC REVIENT de Kol Osher, paru aux Éditions Les doigts dans la prose, 2010.

— Mesdames et messieurs, fermez les yeux un court instant. Imaginez ce bureau d’écrivain. L’été se heurte aux murs épais du château de Monsieur de Margonne. Balzac s’endort à sa table de travail, le vin d’Anjou, le Nil en cru, Moïse flottant dans son panier d’osier. Sa plume est au repos, mâchouillée, tachée d’encre. Son esprit plane dans la touffeur du soir. (« Qu’est-ce qui faut pas entendre. ») Il pense aux personnages accumulés en tas dans les coulisses de ses romans, assoiffés, racornis, exsangues, au bord de l’évanouissement. Comment trier ? S’y reconnaître ? Qui faire entrer ? Sera-t-elle blonde ou rousse l’élue du jour ? Rien n’est gagné d’avance. Quatre mille personnages, ça fait du monde dans les couloirs… La visite maintenant se termine, ce bureau d’écrivain, un homme original immense, poli par les grasses mains du temps, qui l’étreignent, vous l’empoignent, tenez-le bien qu’il ne s’échappe, toussote-t-elle, index entre les dents…
Chapitre 2, p.28-29

 

12 décembre 2010

Cher David,

Oui, je connais ce livre que vous avez publié ; je l’ai lu il y a quelques temps déjà. Je pourrais presque dire dévoré, ce qui est de bon augure, ne dévorant pas grand chose en ce moment.
Je ne suis pas forcément un bon critique littéraire c’est pourquoi je vais être assez succinct. Deux choses m’ont gênées : certains passages un peu gratuitement familiers et ce qui me semble être des approximations sur Balzac (les inventions et digressions par rapport à sa vie et son œuvre ne m’ont pas gêné par contre).
Et aussi une certaine vision de la visite guidée un peu datée. On ne les fait plus comme cela depuis quelques années.

Tout ça pour dire que c’est un très beau livre (objet et texte), l’idée est originale et j’aime beaucoup le style. Je comptais éventuellement faire un jour un petit billet où j’aurais dit tout cela.

Bien cordialement,

N. G.
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13 décembre 2010

Quelle bonne surprise, cher Nathanaël,

Je vous remercie de vos remarques sur notre deuxième livre, et de votre appréciation.

Ce livre est un hommage à Balzac et à une forme de culture commune, façon jeu des Mille francs, à l’époque où la France entière se tenait derrière Lucien Jeunesse, un peu avant midi. Et la visite du Musée, elle aussi désuète dans le livre, appartient à ce registre et n’entend pas dire la réalité du musée, plutôt signaler la nostalgie d’un âge passé.

Merci de votre courriel et de votre lecture.

David Marsac
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EXPOSITION – Balzac en bande dessinée : Le Père Goriot

Le musée Balzac vous propose de découvrir une exposition inédite des planches originales de la bande dessinée "Le Père Goriot d’Honoré de Balzac".

Parue en deux tomes chez Delcourt en 2009 et 2010, cette bande dessinée est le fruit de la collaboration entre un dessinateur, Bruno Duhamel, et deux scénaristes, Philippe Thirault et Thierry Lamy. Elle pose la question de l’adaptation de la littérature balzacienne à un média qui fonctionne avec son propre langage.

Renseignements pratiques :

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Mon cher George‘, exposition à Saché (Indre-et-Loire)

EXPOSITION MON CHER GEORGE.

au musée Balzac de Saché (37)

du 24 MARS au 20 JUIN 2010

"Mon cher George", l’une des amorces préférées d’Honoré de Balzac pour écrire à son amie George Sand, est aussi l’exposition temporaire qui se tiendra au musée Balzac

Balzac et Les Petits bourgeois

Mon cher Monsieur Lockroy, je suis parti sur le champ pour la terre de Saché précisément pour ne pas être soumis aux mille dérangements de Paris et faire silencieusement et promptement les Petits Bourgeois ; votre inquiétude est venue m’y trouver au moment où j’ai fini le 1er acte, ainsi je puis vous rassurer ; vous aurez cette comédie à la fin du mois […].

l. à Lockroy, 8 juin 1848

En plus de sa petite centaine de romans, Honoré de Balzac a écrit notamment une dizaine de pièces de théâtre. Et certains de ses romans ont été adaptés pour le théâtre comme Le Père Goriot. En 1843, Balzac commence un roman intitulé Les Petits bourgeois. Projet abandonné en 1844, puis repris en 1846, puis de nouveau et définitivement abandonné. Puis tout de même terminé après la mort de Balzac par Charles Rabou (voir…). En 1848, Honoré de Balzac promet une pièce au directeur du théâtre de la République Joseph-Philippe Lockroy. Balzac reprend le thème et le titre du roman, va à Saché avec l’espoir d’écrire cette pièce. Mais, à cette période, Balzac est très malade et ne trouve finalement pas l’inspiration malgré le café qu’il fait venir de Paris… Mon café est venu de Paris, j’en prenais ici de détestable, et j’attribuais mon incapacité cérébrale à ce mauvais café, je vais voir si Les Petits Bourgeois s’en trouveront mieux. …jusqu’en Touraine. Et malgré l’auto-persuasion qu’il pratique en disant à Lockroy qu’il est en instance de terminer sa pièce alors que Balzac lui-même sait que cela se compromet de plus en plus au fil du temps qui passe. Au final, Balzac ne livrera pas sa pièce dont il n’écrit que le premier acte aujourd’hui disparu et dont il ne reste qu’une liste des personnages et quelques notes. Si le roman et la pièce semblent avoir le même sujet, ils ont aussi le même destin de rester inachevés.

Balzac et les romans écrits à Saché

J’avais entrepris d’aller à pied de Tours à Saché, vieux reste de château, qui se recommande chaque année à ma mémoire par des souvenirs d’enfance et d’amitié,

Extrait de La Scène de village version fossile du Médecin de campagne

la Touraine m’avait si bien ravitaillé que jeudi, vendredi, samedi et dimanche, j’ai conçu les Illusions perdues, et j’en ai écrit les quarante premiers feuillets.

l. à Émile Regnault le 27 juin 1836.

Balzac vient plusieurs fois chez M. de Margonne au château de Saché, une dizaine de fois environ, trouver le calme propice à l’écriture. Balzac y travaille dans sa petite chambre à une dizaine de romans ; à certains parmi ses plus célèbres comme Le Père Goriot ou Illusion Perdues, à d’autres aujourd’hui moins connus comme Louis Lambert ou Maître Cornélius. Mais une constante, il n’en écrit aucun en entier dans ce château.

Le Père Goriot, pour commencer par le plus célèbre, est entamé lors d’un séjour en Touraine en 1834. Au début du roman, on retrouve une description de papier peint évoquant le festin donné au fils d’Ulysse par Calypso : dans la salle à manger du salon, on peut voir une frise, sur le papier, qui représente une scène grecque où un festin … Balzac est un grand observateur de ce qui l’entoure. Balzac est content (euphémisme) de son idée et écrit à sa mère le 24 septembre 1834 c’est une œuvre plus belle encore qu’Eugénie Grandet, du moins, j’en suis plus content.

Pour continuer, l’un des plus épais, Illusions Perdues, conçues et commencées au château. Puis l’histoire du parfumeur César Birotteau corrigée (mais pour Balzac corrigé = réécriture, voir recomposition de passages entiers). Aussi Louis Lambert dont on dit que Balzac se serait (un peu) inspiré d’un voisin du château, fils d’artisan et du nom de … Louis Lambert. Et encore Maître Cornélius (corrigé), Le Cabinet des antiques (terminé), La Scène de village (commencée puis déroutée pour donner Le Médecin de campagne) et le projet inachevé des Petits bourgeois (voir…).

Enfin, comme Balzac avait l’habitude de terminer ses romans par une datation, précisons que Louis Lambert et Maître Cornélius finissent respectivement ainsi : Au Château de Saché, 1832 pour l’un et Au Château de Saché, 1832. Et que Le Père Goriot absolument pas terminé en Touraine est aussi daté : Saché, 1834.

(vers le musée Balzac)

Balzac et quelques lieux où

Quelques lieux ont compté pour Honoré de Balzac. Voici, histoire de mettre quelques images sur des topo-nymie.

Donc il y a la maison la plus connue, celle de la rue Basse à Passy (aujourd’hui rue Raynouard dans le 16e arrondissement de Paris), ses 2 portes pour échapper, dit-on, aux créanciers, sa Mme de Brugnol (gouvernante, prête-nom et amante perfide), ses mots de passe (3 couches à  dire à 3 employés différents, dixit T. Gautier).

En Touraine, le château de Saché comme lieu de repli pour trouver le calme et s’éloigner de l’agitation parisienne.

En Touraine encore, la chimère Montcontour pour y passer quelques mois chaque année avec Mme Hanska.

Si Montcontour reste à l’état de rêve, La Grenadière se situera entre le rêve (de l’acheter) et la réalité (puisque l’écrivain y passe quelques semaines en location avec Mme de Berny).

Frapesle aussi, chateau de l’amie fidèle Zulma Carraud à Issoudun, où Balzac écrit une partie du Lys dans la vallée et dont il réutilise le nom dans le même roman pour loger M. de Chessel et Félix de Vandenesse.

Et, sur la fin,

le château de Mme Hanska et ses quelques 20 000 ha de terres autour. Tout près de Kiev, en Pologne alors, en Ukraine aujourd’hui. Transformé en Lycée agricole apparemment, on y visite les quelques pièces de l’appartement de Balzac.

L’hôtel particulier de la rue Fortunée (rue qui deviendra dès les années 1850 la rue Balzac, l’hôtel est aujourd’hui détruit). Balzac l’achète en vue du mariage avec Mme Hanska, avec l’argent de Mme, aussi. C’est là qu’il est mort en août 1850. L’écrivain était très fier d’y avoir un accès direct à l’église accolée.

Balzac et Auguste Rodin

Il y a eu, plus ou moins rapidement après la mort de Balzac plusieurs projets de statue-hommage. Certaines ont eu des histoires et des fortunes tout à fait particulières. Celle de Fournier (datant de la fin du XIXè siècle) à Tours a été fondue par les Allemands durant la seconde guerre mondiale et transformée en munitions. Celle bien connue de Rodin (Balzac y est notamment représenté dans sa fameuse robe de bure) n’a pas eu non plus un parcours de création simple. A la toute fin du XIXè siècle, La Société des gens de Lettres, sous l’impulsion de Zola, veut rendre hommage à Balzac. Cette société finit par se tourner vers Rodin qui présente ses premières maquettes en 1892. Rodin vient en Touraine, s’installe près d’Azay-le-Rideau et cherche un modèle qui ressemblerait à l’écrivain. C’aurait été jouer de malheur que de ne pas rencontrer parmi tous ces hommes soumis aux mêmes influences de terroir et de ciel, quelque chose de la même corpulence, des mêmes plans de visage, du même rire des yeux, de la même lippe de la bouche écrit le sculpteur. Rodin rencontra un voiturier de Saché qui lui convint, le fit poser. Mais il n’était peut-être pas si judicieux que cela de venir chercher en Touraine un modèle, Honoré étant certes tourangeaux de naissance, mais son père venait du Tarn et sa mère du côté de Paris ; cela n’avait sûrement pas laissé assez de temps au déterminisme du terroir pour agir sur le physique de l’écrivain. Modèle trouvé donc, le processus de création qui a donné cette statue fut néanmoins long, il fallut attendre 1898 pour qu’elle soit présentée au Salon de la Société nationale des beaux-arts. Ce furent rires et moqueries qui accueillirent cette œuvre. Devant le tollé, la Société des gens de Lettre la refusa… et Rodin la conserva dans son atelier.

A voir sur ce thème :

• Cheverau S., Le Balzac de Rodin, catalogue de l’exposition, Conseil Général d’Indre-et-Loire,

Balzac et la réalité arrangée

[…] ma chambre que les curieux viennent déjà voir ici par curiosité donne sur des bois deux ou trois fois centenaires, et j’embrasse la vue de l’Indre et le petit château que j’ai appelé Clochegourde. Le silence est merveilleux. […]  Je quitte toujours à regret ce vallon solitaire.

l. à Mme Hanska

En comparant la vidéo de la vue par la fenêtre de sa petite chambre de Saché avec la lettre qu’il écrit à Mme Hanska, on peut voir que Balzac prend ses aises avec la réalité. Il y a des choses vraies (qu’on retrouvera écrites de la même façon à la fin du Lys  dans la vallée (les arbres centenaires, le vallon solitaire) ; mais point de château ni de vallée de l’Indre, qui se trouvent à 90° sur la gauche par rapport à cette vue. Balzac écrit là à Mme Hanska qui ne viendra jamais vérifier ce qu’il voit par sa fenêtre…