Julien Gracq dans ses Lettrines 2 annonce :
… comme la Touraine est balzacienne …
Elargissons le dit de Gracq à la région Centre : ajoutons au Lys dans la vallée, au Curé de Tours, à La Grenadière, à L’Illustre Gaudissart – les tourangeaux – ajoutons donc la berrichonne Rabouilleuse, la Sancerroise Muse du département, les Vendômois Louis Lambert & Grande Bretèche
Le territoire est parsemé de romans !
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TOURS DEPUIS TOUJOURS
« Tours a été et sera toujours, les pieds dans la Loire, comme une jolie fille qui se baigne et joue avec l’eau, […] cette ville est rieuse, amoureuse, fraîche, fleurie, parfumée mieux que toutes les autres villes du monde, […]
Plus encore, le centre de Tours…
Et comptez, si vous y allez, que vous lui trouverez, au milieu d’elle, une rue délicieuse où tout le monde se promène, où toujours il y a du vent, de l’ombre, du soleil, de la pluie et de l’amour. […]
…depuis le 20 mai 1799, jour de la naissance d’Honoré de Balzac dans une maison (aujourd’hui détruite) de l’actuelle rue Nationale
bref, c’est une rue où je suis né, c’est la reine des rues […] !(L’Apostrophe, texte tiré des Contes drôlatique, dixains hommages au songes drôlatiques de Rabelais… sauf que ce n’est pas Rabelais qui les a écrit)
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TOURANGEAU DE TOURS, DONC & TOURANGEAU DE TOURAINE TOUT AUTANT
Il n’y reste pas longtemps, dans cette maison.
Il traverse la Loire pour aller en nourrice à SAINT-CYR-SUR-LOIRE, expérience dont il se souvient au début du Lys dans la vallée (dramatisant sûrement un peu)
Quelle vanité pouvais-je blesser, moi nouveau-né ? quelle disgrâce physique ou morale me valait la froideur de ma mère ? étais-je donc l’enfant du devoir […] ? Mis en nourrice à la campagne, oublié par ma famille pendant trois ans, quand je revins à la maison paternelle, j’y comptai pour si peu de chose que j’y subissais la compassion des gens.
Puis il est envoyé en pension à VENDÔME
(Intermède : quelques années tristes, entre ses 7 et ses 13 ans, au collège de la petite ville, évoquées dans Louis Lambert :
L’éloignement ne permet donc pas aux parents d’y venir souvent voir leurs enfants. La règle interdisait d’ailleurs les vacances externes. […] Je demeurai là huit ans, sans voir personne, et menant une vie de paria.
rancœur envers sa mère) ;
Cette TOURAINE, Balzac n’aura de cesse de la retrouver depuis son départ pour Paris à 14 ans, jusqu’à sa mort en 1850. Il y revient pour se reposer, pour s’éloigner des créanciers parisiens, pour écrire aussi… surtout.
Cette TOURAINE n’aura de cesse de l’inspirer ; pour Le Lys dans la vallée qui se déroule sur la commune de SACHÉ, à 25 kilomètres de TOURS ; pour Maître Cornélius qui, dans les pas de Walter Scott, se passe dans le vieux TOURS & au PLESSIS-LES-TOURS de Louis XI ; pour L’Illustre Gaudissart, bonivendeur parisien en perdition à VOUVRAY… Mais Balzac n’a pas besoin d’être en TOURAINE pour écrire ses romans tourangeaux. Ainsi Le Lys est en partie rédigé à Vienne ; ainsi Le Père Goriot (dont l’action se déroule à Paris) est commencé à SACHÉ, tout comme Illusions Perdues.
La Touraine m’avait si bien ravitaillé que jeudi, vendredi, samedi et dimanche, j’ai conçu les Illusions perdues, et j’en ai écrit les quarante premiers feuillets. (Balzac, lettre à É. Regnault, Saché, 27 juin 1836)
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UN BALCON EN TOURAINE
Dans la douceur harmonieuse des plus beaux paysages de la France, il revient, il a son lieu à Saché : le manoir de Jean de Margonne, l’ami de la famille, l’amant de la maman, le très probable père de Henry, le petit frère d’Honoré.
Saché est un débris de château sur l’Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine. Le propriétaire, homme de 55 ans, m’a fait jadis sauter sur ses genoux, il a une femme intolérante et dévote, bossue, peu spirituelle, je vais là pour lui, puis, j’y suis libre, l’on m’accepte dans le pays comme un enfant, je n’y ai aucune valeur, et je suis heureux d’être là comme un moine dans un monastère. Je vais toujours méditer là quelques ouvrages sérieux. l. à Mme Hanska
Dans ce manoir, il a son balcon sur la TOURAINE en forme de petite chambre donnant sur un vaste pli de terrain bordé par des chênes deux fois centenaires, et où par les grandes pluies coule un torrent.(Le Lys dans la vallée). Vue reprise dans une lettre à Madame Hanska, la future Madame Balzac, avec quelques arrangements d’usage … Chez Balzac la réalité et la fiction se recoupent bien souvent, jusqu’à se mélanger, jusqu’à ce que Balzac voit dans la fiction sa réalité. Cette TOURAINE qu’il n’aura de cesse de magnifier dans ses lettres -il voudrait acheter un petit château ou une maison pour y loger l’amour de sa vie (Madame Hanska à qui il aimerait offrir le château de Montcontour ou la petite maison de La Grenadière)-, il sut aussi en critiquer les habitants.
Oh si vous saviez ce que c’est que la Touraine !… On y oublie tout. Je pardonne bien aux habitant d’être bêtes, ils sont si heureux ! Or vous savez que les gens qui jouissent beaucoup sont naturellement stupides. (l. à V. Radier, 1830)
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BERRICHON 1 (rabouiller à Issoudun)
Ici [à SACHÉ] je suis gêné par la vie de château. Il y a du monde, il faut s’habiller à heure fixe, et cela semblerait étrange, à des gens de province, de rester sans dîner pour suivre une idée. (l. à Z. Carraud, Saché, 10 juillet 1832).
Alors de SACHÉ, pousser quelques fois jusqu’en BERRY, jusqu’à Frapesle (chers lecteurs du Lys, vous avez reconnu le nom du château de Mme de Morsauf ; nom de lieu emprunté et déplacé à SACHÉ) chez Zulma Carraud, l’amie d’enfance. D’une province à l’autre donc : ISSOUDUN ! Notre écrivain a sut se souvenir de ce trou de pays, de sa tour, toponymies & topographie, pour sa Rabouilleuse.
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BERRICHON 2 (causer à Nohant)
D’ISSOUDUN à NOHANT. En 1838, Balzac est à proximité de chez George Sand, il s’annonce à NOHANT, toujours dans le BERRY, ils passent quelques jours à discuter ;
J’ai plus vécu pendant ces trois ou quatre causeries, le mors aux dents, que je n’avais vécu depuis longtemps.
Il reviendra du BERRY avec une idée de roman, Beatrix, basée sur des confidences de Sand et concernant la relation entre pianiste Liszt et Marie d’Agoult – mondains de l’époque. On y reconnaît aussi George Sand sous les trait de Félicité des Touches, une femme écrivain à pseudonyme androgyne (Camille Maupin) s’habillant en pantalon, fumant, jouant du piano (tout cela caractérise la réelle George Sand).
George Sand, et son amant d’un moment, Jules Sandeau sont aussi une source d’inspiration pour La Muse du département, où une femme, touchée par le sandisme,
Cette lèpre sentimentale a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes. (La Muse du département),
s’émancipe de son mari, vieux noble du sancerrois, pour la vie littéraire parisienne.
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SACHÉ, DERNIER ACTE
En 1848, 2 ans avant sa mort, Balzac effectue son dernier séjour en TOURAINE. Il vient, comme toujours, avec l’intention d’écrire, mais il est épuisé et l’inspiration ne vient pas comme il le souhaite, et il ne trouve pas le 1er acte des Petits Bourgeois au coin d’une allée du parc de SACHÉ.
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Ce texte est la version longue d’un article à paraitre dans un volume sur les auteurs de la Région Centre à paraître aux éditions Alexandrines. Il est déjà paru sur le site Géo-graphies avant d’être repris ici.
Tout au long de son œuvre gigantesque, Balzac n’a cessé de proclamer son amour pour sa terre natale contribuant à enrichir l’image désormais immuable de ce « jardin de la France » qui attire et séduit tant de touristes du monde entier et dont sont fiers tous nos compatriotes. Grace à lui, la Touraine est perçue comme un véritable paradis terrestre où il fait bon vivre et aimer. On le croirait extrait du Cantique des cantiques, ce cri d’amour : « Honte à qui n’admirerait pas ma joyeuse, ma belle Touraine dont les sept vallées ruissellent d’eau et de vin ». Pour mieux comprendre cette passion que Balzac éprouva toute sa vie pour cette province natale où il rêvera – malheureusement sans succès – de trouver « une petite terre, un petit château, un petit parc, une belle bibliothèque « pour y « (loger) l’amour de (sa) vie », je renvoie au second chapitre de l’ouvrage de Gonzague Saint Bris « Une jeunesse en Touraine » où l’on découvrira toutes les preuves de cet attachement viscéral à cette « province chérie entre toutes » dans les œuvres du grand romancier à commencer par Le Lys dans la vallée (« Je veux aborder dans ce livre la grande question du paysage en littérature ») , mais aussi La Grenadière, La Femme de trente ans, L’Illustre Gaudissart, Le Curé de Tours, sans oublier Sténie (œuvre de jeunesse), etc. Comment ne pas s’émouvoir à la lecture de cet inoubliable aveu formulé comme une déclaration solennelle : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? Je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert. Je l’aime comme un artiste aime l’art ».
On ne peut qu’être – à juste titre – indigné lorsque l’on découvre que la ville de Tours – qui doit tant au grand écrivain – n’a consacré, comme à dessein, à la mémoire de Balzac que l’une de ses plus petites rues ! Aucune plaque commémorative n’est apposée sur les murs de sa maison natale (la pharmacie actuelle, qui en est le seul vestige, semble cacher dans ses remises ce signe d’hommage pourtant bien minime !). Reste une statue de plexiglas d’un modernisme fort douteux et peu digne du génie que Rodin a bien mieux éternisé ! À Tours, on n’a jugé inutile d’ériger une nouvelle statue à Balzac depuis que les occupants allemands ont enlevé – pour la faire fondre à des fins d’armement – la statue de bronze de 1.600 kg réalisée en 1899 par Paul Fournier originellement située en haut de l’avenue de Grammont.
La véritable réhabilitation, l’hommage si légitime et tant attendu ne viendra donc certainement pas des hommes politiques, quand bien même ils feindraient d’ignorer l’immense impact d’une célébration digne du grand homme qui a conféré une renommée mondiale à la Touraine.
Non, cette reconnaissance officielle, à la mesure de son génie, Balzac la devra donc à la plume enthousiaste et chaleureuse de son confrère et admirateur : Gonzague Saint Bris.
Désormais, après cet éloge biographique sans précédent, on peut présumer que rien n’arrêtera plus l’assomption de l’auteur de La Comédie humaine. Souhaitons donc et espérons fermement que sous l’égide de Gonzague Saint Bris, Président de la Société Honoré de Balzac de Touraine, la vague de gratitude de millions de lecteurs porte enfin Balzac, au Panthéon, aux côtés d’Alexandre Dumas qui avait personnellement tant œuvré pour une telle consécration.
MICHEL. POUGEOISE
Cher Monsieur, je vous remercie de votre texte, qui, plus qu’un commentaire, est un véritable article. Je modérerais juste les références à Gonzague Saint-Bris qui, s’il est un bon conteur d’histoires, a commis quelques approximations dans son livre sur Balzac (confondant Mirbeau et Mirabeau, apportant plus de flou que de clarté sur le plan de la Comédie humaine…). Cependant son ouvrage est une bonne approche à compléter avec le plus rigoureux Balzac de Roger Pierrot.