"J’appartiens à la classe abhorrée par les peintres et par les musiciens, abusivement nommée d’une façon méprisante, gens de lettres".
Honoré de Balzac,
Lettre à Maurice Schlesinger,
Paris, 29 mai 1837.
Le musée Balzac vous propose de découvrir les différents cercles littéraires d’Honoré de Balzac à travers une riche sélection de manuscrits et d’estampes issus de ses collections. Depuis son entrée dans le monde des lettres jusqu’à sa mort, Honoré de Balzac n’a cessé de côtoyer ses illustres contemporains avec lesquels il a nourri diverses relations : rencontres éphémères ou durables dans les salons, collaborations journalistiques ou éditoriales, solidarités au sein de la Société des gens de Lettres, ou encore rivalités et soutiens pour entrer à la prestigieuse Académie française.
Château de Saché
37190 Saché, France
> Horaires : tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h, du 1er octobre 2011 au 12 février 2012.
> Tarifs : droit d’entrée du musée – 4,50 €, gratuit pour les moins de 12 ans.
BALZAC AU PANTHÉON
Tout au long de son œuvre gigantesque, Balzac n’a cessé de proclamer son amour pour sa terre natale contribuant à enrichir l’image désormais immuable de ce « jardin de la France » qui attire et séduit tant de touristes du monde entier et dont sont fiers tous nos compatriotes. Grace à lui, la Touraine est perçue comme un véritable paradis terrestre où il fait bon vivre et aimer. On le croirait extrait du Cantique des cantiques, ce cri d’amour : « Honte à qui n’admirerait pas ma joyeuse, ma belle Touraine dont les sept vallées ruissellent d’eau et de vin ». Pour mieux comprendre cette passion que Balzac éprouva toute sa vie pour cette province natale où il rêvera – malheureusement sans succès – de trouver « une petite terre, un petit château, un petit parc, une belle bibliothèque « pour y « (loger) l’amour de (sa) vie », je renvoie au second chapitre de l’ouvrage de Gonzague Saint Bris « Une jeunesse en Touraine » où l’on découvrira toutes les preuves de cet attachement viscéral à cette « province chérie entre toutes » dans les œuvres du grand romancier à commencer par Le Lys dans la vallée (« Je veux aborder dans ce livre la grande question du paysage en littérature ») , mais aussi La Grenadière, La Femme de trente ans, L’Illustre Gaudissart, Le Curé de Tours, sans oublier Sténie (œuvre de jeunesse), etc. Comment ne pas s’émouvoir à la lecture de cet inoubliable aveu formulé comme une déclaration solennelle : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine ? Je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert. Je l’aime comme un artiste aime l’art ».
On ne peut qu’être – à juste titre – indigné lorsque l’on découvre que la ville de Tours – qui doit tant au grand écrivain – n’a consacré, comme à dessein, à la mémoire de Balzac que l’une de ses plus petites rues ! Aucune plaque commémorative n’est apposée sur les murs de sa maison natale (la pharmacie actuelle, qui en est le seul vestige, semble cacher dans ses remises ce signe d’hommage pourtant bien minime !). Reste une statue de plexiglas d’un modernisme fort douteux et peu digne du génie que Rodin a bien mieux éternisé ! À Tours, on n’a pas jugé « utile » d’ériger une nouvelle statue à Balzac depuis que les occupants allemands ont enlevé – pour la faire fondre à des fins d’armement – la statue de bronze de 1.600 kg réalisée en 1899 par Paul Fournier originellement située en haut de l’avenue de Grammont.
La véritable réhabilitation, l’hommage légitime rendu à cet « immense » écrivain consisterait à porter enfin Balzac au Panthéon où il reposerait aux côtés de son confrère et admirateur Alexandre Dumas qui avait lui-même tant œuvré pour une telle consécration.
Michel Pougeoise
Président Honoraire de la Société Honoré de Balzac de Touraine.
Cher Monsieur, je vous remercie de votre texte, qui, plus qu’un commentaire, est un véritable article. Je modérerais juste les références à Gonzague Saint-Bris qui, s’il est un bon conteur d’histoires, a commis quelques approximations dans son livre sur Balzac (confondant Mirbeau et Mirabeau, apportant plus de flou que de clarté sur le plan de la Comédie humaine…). Cependant son ouvrage est une bonne approche à compléter avec le plus rigoureux Balzac de Roger Pierrot.